7 juillet 2026

Africa Solidaire

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Cameroun : seulement 3% des subventions publiques traçables en 2024

En 2024, le Cameroun fait face à un défi majeur de transparence financière : la Chambre des comptes de la Cour suprême n’a pu vérifier que 3% des subventions publiques allouées aux entreprises étatiques. Ce chiffre, révélé dans son rapport annuel sur l’exécution du budget national, révèle une faille critique dans le système de reddition des comptes de l’État.

Une opacité persistante dans le suivi des fonds publics

La juridiction financière camerounaise, chargée d’auditer les comptes de l’État et des entités publiques, dépend entièrement des documents transmis par les administrations et les bénéficiaires des fonds. Pourtant, sur l’ensemble des transferts financiers effectués en 2024 vers le secteur parapublic, seuls 3% ont pu être clairement identifiés et documentés. Les 97% restants échappent ainsi à tout contrôle rigoureux, soulignant l’ampleur des lacunes dans la traçabilité des dépenses publiques.

Cette situation n’est pas anodine : elle touche aux fondements mêmes de la gestion des finances publiques. Chaque année, des centaines de milliards de francs CFA sont transférés sous forme de subventions, de dotations ou de compensations tarifaires à des entités stratégiques comme la Société nationale des hydrocarbures (SNH), la Camair-Co ou la Sonara. Ces transferts, souvent justifiés par des impératifs économiques ou sociaux, nécessitent un suivi irréprochable pour garantir leur efficacité.

Un secteur parapublic sous pression financière

Le Cameroun compte plusieurs dizaines d’entreprises publiques actives dans des secteurs clés : énergie, transports, télécommunications ou agro-industrie. Beaucoup de ces structures, comme la SNH ou la Sonara, dépendent fortement des aides de l’État pour maintenir leurs activités ou honorer leurs engagements. Dans un contexte de contraintes budgétaires accrues, notamment sous l’effet des engagements pris avec le Fonds monétaire international (FMI), la maîtrise des flux financiers devient un enjeu de survie pour ces entités.

Le programme économique soutenu par Washington insiste d’ailleurs sur la nécessité de renforcer la transparence dans les transferts entre le Trésor public et les entreprises publiques. Pourtant, malgré la création en 2017 d’une direction dédiée au suivi du portefeuille de l’État au ministère des Finances, les résultats concrets tardent à se concrétiser. Les réformes promises peinent à se matérialiser, laissant persister des zones d’ombre dans la gestion des fonds publics.

Un risque pour la souveraineté et la crédibilité financière

L’incapacité à documenter l’utilisation des subventions publiques ne se limite pas à un simple problème comptable. Elle affaiblit plusieurs piliers de la gouvernance camerounaise : le débat démocratique autour du budget, la capacité de la Cour suprême à jouer son rôle d’alerte, et la confiance des partenaires internationaux comme la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement (BAD). Sans une base fiable, ces acteurs hésitent à engager des financements supplémentaires, limitant ainsi les marges de manœuvre de l’État.

Pour les investisseurs privés, cette opacité représente un frein supplémentaire. Les partenariats public-privé ou les contrats de concession avec des entités camerounaises deviennent plus risqués, faute de visibilité sur l’utilisation des fonds publics. La qualité de la signature souveraine du Cameroun est désormais questionnée, d’autant que les bailleurs exigent des garanties accrues en matière de contrôle et de transparence.

En publiant ce constat, la Chambre des comptes rappelle à l’exécutif l’urgence d’agir. Pour améliorer la situation, plusieurs leviers pourraient être actionnés : harmonisation des normes comptables pour les entreprises publiques, modernisation des systèmes d’information budgétaire, et application systématique des sanctions prévues contre les responsables défaillants. Sans ces mesures, la certification des comptes de l’État restera incomplète, et les défis de gouvernance persisteront.

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