7 juillet 2026

Africa Solidaire

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Paix rdc-Rwanda : stearns critique l’échec de Washington à imposer une solution durable

Le processus de paix RDC-Rwanda piétine : Stearns dénonce l’absence de vision stratégique de Washington

Le dialogue entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, sous médiation américaine, est aujourd’hui au point mort. Jason K. Stearns, universitaire et spécialiste des conflits africains, a tiré la sonnette d’alarme lors d’une conférence organisée par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala. Son constat est sans appel : « Le processus de paix entre la RDC et le Rwanda est aujourd’hui dans une impasse totale ».

Selon lui, aucun des deux mécanismes de négociation, ni celui de Doha-Montreux ni celui de Washington, n’a enregistré de progrès significatifs depuis plus d’un an. Les tensions persistent, et les solutions proposées peinent à se concrétiser.

Montreux : des désaccords persistants malgré les pourparlers

Stearns a souligné que les négociations de Montreux n’ont pas permis de réduire les divergences entre Kinshasa et le groupe armé AFC/M23. « Les grands désaccords subsistent », a-t-il déclaré, ajoutant qu’aucun compromis tangible n’a émergé de ces discussions.

L’expert a comparé cette situation à d’autres dossiers diplomatiques gérés par les États-Unis, comme la question iranienne. Il a mis en garde contre une approche basée uniquement sur des déclarations d’intention et des Memorandums of Understanding (MOU), sans véritable mise en œuvre.

Washington : des accords signés, mais peu de résultats concrets

Signature de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda sous l’égide des États-Unis

L’accord signé à Washington entre les deux pays sous l’égide des États-Unis a multiplié les signatures, mais la mise en œuvre reste un véritable défi. Stearns a pointé du doigt un parallélisme avec la diplomatie américaine dans d’autres régions, où les accords cadres ne débouchent pas sur des avancées tangibles.

Pour lui, l’enjeu majeur reste de passer des déclarations d’intention à des compromis concrets. Or, à ce jour, « aucun compromis clair n’a encore été trouvé ».

Le même scénario qu’avant : retrait des troupes rwandaises contre lutte contre les FDLR

Stearns a rappelé que le compromis recherché entre les deux pays n’a pas évolué depuis des années. Il s’agit toujours du même échange : le retrait des forces rwandaises de la RDC en contrepartie d’un engagement congolais à démanteler le groupe armé FDLR, actif dans l’est du pays. Un « même deal », selon ses termes, dont la concrétisation progresse à peine.

Concernant le M23, mouvement rebelle soutenu par le Rwanda selon plusieurs rapports, Stearns a constaté une absence totale de compromis. « Côté congolais, la solution militaire reste privilégiée », a-t-il expliqué, tandis que le M23, de son côté, affirme vouloir rester présent « encore dix ans ». Résultat : « Nous sommes très loin d’une réussite », a-t-il résumé.

Un manque de cohérence dans la stratégie américaine

Stearns a salué une avancée majeure dans la médiation américaine par rapport aux tentatives précédentes (Communauté d’Afrique de l’Est et Union africaine via l’Angola) : l’application d’une pression réelle sur le Rwanda. « Les sanctions contre Kigali sont plus agressives que jamais », a-t-il noté, précisant qu’elles n’avaient pas été aussi sévères depuis le début des guerres en RDC en 1996.

Cependant, il a identifié deux faiblesses majeures dans cette approche :

  • Un manque de cohérence internationale : Les États-Unis sanctionnent le Rwanda, mais pas les Européens, principaux bailleurs de fonds de Kigali. Stearns a souligné l’absurdité de cette situation en citant l’exemple du président rwandais Paul Kagame, qui continue de signer des partenariats économiques avec des entreprises américaines, comme des équipes de basket-ball, malgré les sanctions.
  • L’absence d’une stratégie globale claire : Selon des diplomates américains cités par Stearns, Washington ne prévoit pas de solution militaire, mais la stratégie de compromis censée accompagner la pression exercée sur Kigali reste floue, voire inexistante.

Une pression diplomatique insuffisante sur Kinshasa

Enfin, Stearns a pointé un déséquilibre dans l’approche américaine : « Ce qui manque le plus aujourd’hui, c’est une pression diplomatique équivalente sur Kinshasa ». Selon lui, la RDC n’a pas été soumise à une pression aussi forte que le Rwanda de la part des États-Unis jusqu’à présent.

Il a révélé qu’une proposition de compromis « vague » avait été présentée aux parties lors des négociations de Montreux, offrant au M23 une forme d’intégration partielle. Cette proposition, jamais rendue publique, aurait été rejetée par les deux camps.

Pour Stearns, sans une refonte profonde de la stratégie et une pression équilibrée sur les deux parties, le processus de paix entre la RDC et le Rwanda restera dans l’impasse pour encore de nombreux mois.

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