15 mai 2026

Casamance : les rebelles du mfdc en déclin face au cannabis et aux divisions

Début mai, une opération militaire d’envergure a été menée en Casamance, dans le sud du Sénégal, où des soldats et gendarmes appuyés par des chiens renifleurs ont détruit plusieurs champs de cannabis. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un conflit vieux de plus de quatre décennies, marqué par la lutte du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) pour l’indépendance de cette région, isolée du reste du pays par la Gambie.

L’intervention, menée près de la frontière gambienne, a permis d’interpeller 14 individus, de saisir des armes de guerre et plus de six tonnes de cannabis, selon le colonel Cheikh Guèye, responsable des forces armées dans la région de Ziguinchor. Une région qui concentre l’essentiel des tensions depuis le début du conflit, considéré comme de basse intensité mais ayant causé des milliers de victimes.

Le MFDC, autrefois redouté, affiche aujourd’hui des signes d’affaiblissement structurel. « Le mouvement ne compte plus que des troupes résiduelles, ne recrute plus et fait face au vieillissement de ses combattants », explique un expert en sécurité, soulignant que l’armée sénégalaise a renforcé ses moyens humains et matériels. La rébellion peine également à se procurer des armes et des munitions, ses anciennes zones de repli en Gambie et en Guinée-Bissau collaborant désormais avec Dakar pour endiguer ces trafics.

La perte d’influence du MFDC s’explique aussi par un désengagement progressif des communautés locales, historiquement porteuses de son combat. « Les populations aspirent désormais à la paix après des décennies de désillusion et de souffrances », confie une figure de la société civile casamançaise. L’arrivée au pouvoir de dirigeants issus de la Casamance, comme le Premier ministre Ousmane Sonko, a également contribué à apaiser les tensions en offrant à la région une représentation politique inédite.

un conflit qui perdure malgré l’affaiblissement des rebelles

Lors d’une visite à Ziguinchor en mars, Ousmane Sonko a rappelé que le MFDC n’a « jamais contrôlé le moindre village » depuis plus de 40 ans. Ces propos interviennent après une série d’incidents meurtriers : trois militaires tués et six autres blessés dans une explosion accidentelle lors d’opérations anti-cannabis, suivis d’un autre soldat tué et six blessés début mars. En novembre 2025, un soldat avait été libéré après sept mois de détention par des groupes armés.

Le Premier ministre a précisé que l’objectif du gouvernement n’est plus la question indépendantiste, mais bien la lutte contre la culture du cannabis, financièrement lucrative pour les bandes armées. « Nous ne pensons pas que les maquisards parlent encore d’indépendance, si ce n’est par principe. Le problème principal est la culture du chanvre », a-t-il déclaré. Le colonel Guèye confirme : « Le cannabis alimente une économie de guerre et permet aux groupes armés de financer leurs activités ». L’opération militaire de mai visait ainsi à « frapper le cœur de leur économie et de leur logistique ».

Les violences se sont recentrées ces derniers mois dans le Nord Sindian, près de la Gambie, une zone propice aux activités illicites en raison de sa forêt dense et de son isolement géographique. Malgré des productions agricoles et forestières importantes, les populations locales peinent à écouler leurs récoltes en raison d’un réseau routier défaillant.

la paix en suspens : entre avancées et défis persistants

La Guinée-Bissau voisine, autrefois un sanctuaire pour les rebelles, connaît une accalmie depuis la destruction de leurs bases par l’armée en 2021. Pourtant, des troubles persistent dans le Nord Sindian, où des populations dépendent économiquement du trafic de cannabis. Certaines communautés ont même interrogé des imams sur la légitimité religieuse de cette culture.

Ousmane Sonko a réaffirmé sa volonté de dialogue avec le MFDC, tout en rappelant la fermeté de l’État : « Nous ne pouvons accepter que le moindre pouce du territoire soit amputé ». La société civile locale a récemment célébré le troisième anniversaire d’un accord de paix conclu entre une faction rebelle et le gouvernement, tandis qu’un autre pacte avait été signé en février 2025 à Bissau avec une autre faction. Malgré ces avancées, certaines zones restent en proie à l’insécurité, avec des groupes armés réticents au désarmement.

Les réfugiés et déplacés commencent progressivement à regagner leurs villages, profitant de l’arrêt des hostilités et du dépôt partiel des armes. « La pacification est en marche, mais des obstacles subsistent », souligne un responsable de la société civile, évoquant des éléments armés encore réticents à déposer les armes.

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