Centrafrique : l’arrestation controversée de l’expert Joseph Figueira par Wagner
L’expert en conflits communautaires arrêté sans raison valable
Un événement troublant s’est produit dans la soirée du 26 mai 2024 à Zemio, une localité du Haut-Mbomou en Centrafrique. Une opération musclée orchestrée par des membres du groupe Wagner a perturbé une réunion de travail entre des humanitaires et des acteurs locaux. Parmi eux, Joseph Figueira, chercheur belgo-portugais spécialiste des dynamiques peules, et un collaborateur ivoirien basé en République démocratique du Congo, étaient en mission pour une ONG américaine, FHI 360, dans le cadre d’un projet soutenu par l’Usaid.
Une cinquantaine de participants partageaient un moment de détente dans un bar-restaurant de la sous-préfecture quand trois hommes armés, identifiés comme des éléments de Wagner, ont fait irruption. Accompagnés d’un gendarme centrafricain, ils ont immédiatement interpellé Joseph Figueira sans explication, l’ont menotté et l’ont entraîné vers un aéronef stationné à proximité. L’expert, qui avait pourtant respecté toutes les formalités d’usage après neuf jours passés en Centrafrique, n’a même pas eu le temps de récupérer ses documents professionnels.
Une arrestation en dehors de tout cadre légal
L’enlèvement s’est déroulé dans des conditions particulièrement violentes. Selon les témoins présents, Joseph Figueira a été frappé, encagoulé et embarqué de force, laissant derrière lui un état de choc généralisé. Pourtant, l’humanitaire disposait de toutes les autorisations nécessaires pour son séjour et ses activités sur le terrain. Ses rencontres avec des responsables locaux et nationaux dans la capitale comme en province avaient été planifiées en coordination avec des partenaires internationaux et locaux.
Cette intervention brutale, menée hors de tout cadre judiciaire, soulève de sérieuses questions sur les méthodes employées par les forces russes en Centrafrique. Depuis 2018, Wagner agit en tant que soutien des autorités nationales, mais cette action illustre une instrumentalisation inquiétante des acteurs humanitaires.