Minerais stratégiques : la RDC alerte l’ONU sur les risques liés au Rwanda
La République démocratique du Congo alerte l’ONU sur les dangers des minerais stratégiques
Lors d’une réunion de haut niveau organisée par les Nations unies à New York, la République démocratique du Congo a tiré la sonnette d’alarme concernant l’exploitation illicite de ses minerais critiques, particulièrement dans l’est du pays. Cette initiative, portée par le Secrétaire général de l’ONU, visait à discuter des enjeux liés à la gouvernance des ressources naturelles essentielles à la transition énergétique mondiale.
La délégation congolaise était dirigée par Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État en charge des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de la Francophonie. Elle a souligné que la question des minerais stratégiques dépasse largement les simples considérations économiques pour la RDC.
L’exploitation illicite, une menace pour la souveraineté et la paix
La cheffe de la diplomatie congolaise a illustré son propos par l’exemple de Rubaya, un important bassin minier de coltan. Selon elle, l’exploitation illégale de ses ressources affaiblit l’autorité de l’État, érode la souveraineté et peut compromettre l’intégrité territoriale.
« Pour des pays comme le mien, il ne s’agit plus seulement d’une question de développement. L’exploitation illicite affaiblit l’autorité de l’État, érode la souveraineté et peut s’accompagner d’une violation de l’intégrité territoriale. »
Le cas de Rubaya est frappant. Ses mines représentent environ 15 % de la demande mondiale de tantale. Selon le Groupe d’experts des Nations unies, au moins 1 400 tonnes de coltan ont été introduites clandestinement au Rwanda au cours de la première année suivant leur saisie par le M23, groupe armé soutenu par Kigali, générant environ 800 000 dollars américains par mois pour ce groupe.
Thérèse Kayikwamba Wagner a particulièrement dénoncé l’absence de sanctions contre les Forces de défense rwandaises, malgré les preuves accablantes fournies par les experts onusiens.
« Pourtant, malgré ces preuves accablantes, les Forces de défense rwandaises ne sont toujours pas soumises aux sanctions des Nations unies. Cela révèle à la fois une application insuffisante des outils existants et une lacune plus large dans l’architecture internationale qui cantonne trop souvent la gouvernance des ressources naturelles à la sphère du développement, même lorsque l’exploitation illicite alimente les conflits armés. »
Vers une gouvernance responsable des ressources naturelles
La RDC a réaffirmé son engagement à promouvoir une approche liant directement la gouvernance des ressources naturelles à la prévention des conflits et à la consolidation de la paix, notamment dans le cadre de sa présidence du Conseil de sécurité de l’ONU.
Thérèse Kayikwamba Wagner a insisté sur la nécessité de bâtir des partenariats équilibrés avec les pays producteurs de minerais critiques, soulignant que la responsabilité doit s’étendre à l’ensemble de la chaîne de valeur.
« Les partenariats doivent aller au-delà de la simple garantie d’accès aux matières premières. Ils doivent soutenir la valorisation locale et régionale, les infrastructures, le transfert de technologies, la recherche, le développement des compétences, l’industrialisation ainsi que l’accès au financement et aux marchés. »
Elle a également plaidé pour une traçabilité efficace des minerais, permettant de lutter contre la fraude et le financement des groupes armés sans pénaliser les exploitants artisanaux légitimes.
Transition énergétique : un enjeu de souveraineté et de prospérité
La ministre d’État a souligné que la réussite de la transition énergétique mondiale doit être évaluée non seulement à l’aune des performances industrielles, mais aussi à son impact sur les populations des pays producteurs.
« Les progrès vers un objectif ne doivent jamais se faire au détriment d’un autre. Le succès de la transition énergétique ne se mesurera pas uniquement au nombre de batteries ou de véhicules électriques produits. Il se mesurera aussi à la question de savoir si les pays producteurs, leurs travailleurs et leurs communautés sont plus sûrs, plus souverains et plus prospères grâce à elle. »
Cette intervention intervient dans un contexte marqué par les accords stratégiques entre la RDC et les États-Unis, ainsi que par l’accord de Washington signé avec le Rwanda. Malgré ces cadres diplomatiques, la situation sécuritaire dans l’est de la RDC reste extrêmement fragile, avec des groupes armés toujours actifs et des négociations en suspens.
Les rebelles de l’AFC/M23, soutenus selon Kinshasa et plusieurs partenaires internationaux par Kigali, continuent de contrôler des zones stratégiques, tandis que les efforts diplomatiques peinent à aboutir à des solutions durables.