24 mai 2026

Africa Solidaire

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Cinq ans après le coup de force au Mali : entre espoirs déçus et défis persistants

cinq ans après le coup de force au Mali : entre espoirs déçus et défis persistants

Le 24 mai marque un anniversaire lourd de sens pour le Mali. Cinq années se sont écoulées depuis que le général Assimi Goïta s’emparait du pouvoir par un putsch. Depuis cette date, le pays oscille entre critiques acerbes envers le pouvoir militaire et un soutien populaire qui persiste, malgré les épreuves. L’heure est venue de dresser un bilan de cette période troublée.

Portrait du général Assimi Goïta

un pouvoir contesté, mais soutenu par une partie de la population

Depuis 2019, le Mali vit sous le régime des militaires. Les critiques envers le gouvernement d’Assimi Goïta se multiplient : répression accrue, restrictions des libertés fondamentales et gestion calamiteuse de la crise sécuritaire. Pourtant, une frange importante de la population continue de lui accorder sa confiance. Pourquoi un tel paradoxe ?

Les Maliennes et Maliennes, en particulier les jeunes, semblent avoir tourné la page des anciennes élites, souvent accusées de corruption et de complicité avec l’ancienne puissance coloniale. Dans un contexte où les alternatives paraissent encore plus menaçantes – comme l’avancée des groupes djihadistes –, le soutien au pouvoir actuel persiste, par défaut. Mais jusqu’à quand ?

la liberté d’expression sous pression

Les voix dissidentes se font rares. Les critiques du régime s’expriment avec prudence, voire dans la clandestinité. Certains journalistes et opposants ont choisi l’exil ou la prison. Les débats publics se raréfient, et les réseaux sociaux, principale source d’information pour les jeunes, sont inondés de propagande pro-gouvernementale. Une situation qui rappelle les méthodes autoritaires, loin des promesses de changement portées par le putsch.

sécurité : une promesse non tenue

En 2020, les putschistes avaient promis d’en finir avec les groupes armés. Cinq ans plus tard, la situation n’a fait qu’empirer. Le JNIM et l’État islamique contrôlent toujours des pans entiers du territoire, notamment dans le nord. Les attaques se multiplient, et l’État peine à réagir. Les mercenaires russes, déployés pour renforcer la sécurité, ont abandonné plusieurs positions clés sans combattre, laissant le Mali dans une position de faiblesse.

L’Alliance des États du Sahel, composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, n’a pas apporté le soutien escompté. Malgré leurs déclarations de solidarité, ces pays, eux-mêmes en proie à l’insécurité, n’ont pu offrir qu’une aide symbolique. Le Mali se retrouve ainsi isolé, confronté à une menace djihadiste toujours plus présente.

une population résignée, mais lucide

Face à cette réalité, les Maliennes et Maliennes semblent avoir perdu leurs illusions. Les manifestations contre le pouvoir se font rares, même après des attaques d’une rare violence, comme celle d’avril 2024. La population craint plus que tout une prise de pouvoir par les djihadistes, qui imposeraient la charia. C’est pourquoi, malgré les critiques, beaucoup préfèrent encore le gouvernement actuel aux alternatives extrémistes.

Les jeunes, principale cible de la propagande, sont tiraillés entre leur méfiance envers l’État et leur rejet des groupes armés. Leur quotidien est marqué par la précarité, l’absence d’éducation et un avenir incertain. Dans ce contexte, les réseaux sociaux deviennent leur unique fenêtre sur le monde – et un terrain de manipulation.

quel avenir pour le Mali ?

Face à l’échec des solutions militaires, certains experts prônent désormais le dialogue avec les djihadistes modérés. Une approche inspirée par l’expérience de la Mauritanie, où un mélange de fermeté et de compromis a permis de stabiliser la situation. Mais au Mali, la route vers la paix s’annonce longue et semée d’embûches.

Le pouvoir en place reste fragile. Sans amélioration rapide de la sécurité ou des conditions de vie, le risque de radicalisation grandit. Pourtant, une chose est sûre : les Maliennes et Maliennes ne veulent ni de la charia ni d’un retour des anciennes élites. Leur priorité est la survie, dans un pays où l’État peine à jouer son rôle.

Des soldats du FLA dans une voiture

la solidarité régionale, un mirage ?

L’Alliance des États du Sahel affiche une unité politique, mais ses moyens restent limités. Ces trois pays, parmi les plus pauvres au monde, peinent à se coordonner efficacement. Leurs dirigeants partagent une idéologie commune, mais leur capacité à agir ensemble est freinée par des ressources insuffisantes et des défis sécuritaires internes.

La solidarité promise reste donc largement théorique. Sans soutien extérieur significatif, le Mali doit compter sur ses propres forces – un pari risqué dans un contexte aussi complexe.

Les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger côte à côte

conclusion : un pays à la croisée des chemins

Cinq ans après le putsch, le Mali se trouve à un tournant. Le pouvoir militaire, contesté mais encore soutenu, doit faire face à des défis immenses : insécurité endémique, crise économique et pression démographique. La population, résignée mais lucide, attend des solutions concrètes, sans quoi le risque de basculement vers l’extrémisme grandit.

Une chose est certaine : sans amélioration rapide de la situation, le mécontentement pourrait exploser. Et cette fois, les alternatives ne seront peut-être plus aussi claires que le maintien de l’ordre actuel.

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