10 juin 2026

Africa Solidaire

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Crise en RDC : les médiateurs régionaux se concertent à Lomé

Les 7 et 8 juin 2026, Lomé a été le théâtre d’une réunion stratégique de haut niveau consacrée à la situation dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Autour de la table se sont retrouvés les représentants des principales organisations régionales impliquées dans la médiation : la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), ainsi que les émissaires de l’Union africaine (UA) et de l’Organisation des Nations unies (ONU). L’objectif était clair : évaluer la cohérence des différentes initiatives diplomatiques et mesurer les progrès vers un règlement durable du conflit.

Lomé, un carrefour pour une médiation éclatée

Le choix du Togo comme lieu de rencontre n’est pas anodin. Faure Gnassingbé, désigné facilitateur de l’Union africaine pour le dossier congolais, tente depuis plusieurs mois de rassembler des initiatives parallèles qui se sont multipliées sans toujours converger. Le processus de Nairobi, mené par l’EAC, et celui de Luanda, piloté sous l’égide de l’UA et longtemps porté par l’Angolais João Lourenço, ont avancé de manière dispersée. La fusion progressive de ces voies, amorcée en 2024, n’a pas encore donné les résultats escomptés sur le terrain.

Les diplomates réunis à Lomé ont reconnu que la coordination reste le point faible de l’effort de paix. Plusieurs intervenants ont souligné la nécessité de rationaliser les canaux de dialogue pour éviter que les belligérants ne jouent une médiation contre une autre. Cette fragmentation a longtemps profité aux acteurs armés, notamment le Mouvement du 23 mars (M23), dont l’avancée militaire au Nord-Kivu et au Sud-Kivu a redessiné la carte sécuritaire de la région.

Un calendrier sous pression entre Kinshasa, Kigali et le M23

Les progrès diplomatiques évoqués lors de cette réunion restent modestes au regard des attentes. Les discussions directes entre Kinshasa et le M23, longtemps refusées par les autorités congolaises, ont finalement débuté sous la pression conjointe des médiateurs régionaux et des partenaires internationaux. Parallèlement, le volet bilatéral entre la RDC et le Rwanda, accusé par l’ONU et plusieurs chancelleries occidentales de soutenir la rébellion, demeure le nœud politique le plus complexe à dénouer.

Les médiateurs ont rappelé que la mise en œuvre des engagements antérieurs, notamment le retrait des forces étrangères du territoire congolais et le cantonnement des groupes armés, accuse un retard préoccupant. Le déploiement de la mission de la SADC en RDC (SAMIDRC), confrontée à de lourdes pertes humaines début 2025, a illustré les limites des réponses militaires régionales face à un conflit dont les ressorts économiques, fonciers et identitaires dépassent largement le cadre sécuritaire.

Une économie de guerre qui entrave la sortie de crise

Au-delà de la dimension politique, les participants ont souligné l’urgence de s’attaquer aux circuits d’exploitation illicite des ressources minières du Kivu. Coltan, étain, or et tungstène alimentent une économie de guerre dont les ramifications s’étendent jusqu’aux chaînes d’approvisionnement internationales. Plusieurs médiateurs plaident pour un mécanisme régional de traçabilité, condition jugée indispensable à toute désescalade durable.

La réunion de Lomé n’a pas débouché sur des annonces spectaculaires, mais elle a permis de réaffirmer le principe d’une approche intégrée. Les prochaines étapes devraient associer plus étroitement les acteurs civils congolais, longtemps tenus à l’écart de processus dominés par les chefs d’État et les chancelleries. La société civile du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi que les autorités coutumières, sont désormais identifiées comme des relais incontournables pour ancrer un éventuel accord dans la réalité des territoires meurtris.

Reste que les médiateurs ont quitté la capitale togolaise sans calendrier ferme pour la signature d’un accord global. Les semaines à venir diront si l’élan diplomatique amorcé à Lomé suffira à infléchir la trajectoire d’un conflit qui, depuis plus de trois décennies, défie toutes les architectures de paix bâties autour des Grands Lacs.

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