24 juillet 2026

Africa Solidaire

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Dette flottante du Cameroun : un défi budgétaire qui s’alourdit en 2026

Avec un montant avoisinant les 1,8 milliard de dollars à l’issue du premier trimestre 2026, la dette flottante du Cameroun confirme une tendance préoccupante : celle d’un déséquilibre persistant entre les engagements contractés par l’État et les paiements réellement effectués. Ce stock d’arriérés, qui englobe les factures déjà liquidées mais non réglées ainsi que celles en attente de traitement, touche directement les fournisseurs, prestataires et autres créanciers locaux. À Yaoundé, cette situation relance les interrogations sur l’efficacité de la gestion budgétaire et les véritables marges de manœuvre dont dispose le gouvernement, d’autant que les financements extérieurs se font plus rares.

un mécanisme de gestion budgétaire devenu hors de contrôle

Bien que la dette flottante ne soit pas un phénomène récent au Cameroun, son ampleur actuelle reflète une aggravation alarmante. Représentant près de 1,8 milliard de dollars, ce montant dépasse largement la capacité de paiement immédiate de l’État, l’obligeant à reporter une partie de ses obligations financières. Cette stratégie, couramment observée dans l’espace CEMAC, revient à solliciter indirectement le secteur privé local pour financer les dépenses publiques. Les conséquences se répercutent inévitablement sur les entreprises, notamment les PME, qui subissent des retards de paiement en cascade, des difficultés à honorer leurs propres échéances bancaires, voire des tensions sur leur trésorerie.

Les établissements bancaires camerounais, exposés via les crédits accordés aux fournisseurs de l’État, enregistrent une hausse mécanique des créances douteuses dans leurs portefeuilles. Les autorités monétaires, dont la Beac et la Commission bancaire de l’Afrique centrale, suivent de près cette interaction entre les finances publiques et le système bancaire, consciente des risques systémiques qu’elle engendre.

un indicateur scruté par les bailleurs internationaux

La révélation de ce chiffre intervient alors que Yaoundé mène des négociations pour le renouvellement de son programme avec le Fonds monétaire international et multiplie les émissions de titres publics sur le marché de la Beac. La dette flottante, au même titre que la dette publique officielle, constitue un critère d’évaluation majeur pour les partenaires financiers. Son accumulation signale une fragilité dans la chaîne de la dépense, de l’engagement à la réalisation effective des paiements, et nourrit les critiques sur la gouvernance économique du pays.

Les tentatives d’assainissement entreprises par le passé ont montré des résultats mitigés. Plutôt que de se résorber, le stock d’arriérés se reconstitue régulièrement, trimestre après trimestre. Les institutions comme la Banque mondiale et le FMI recommandent depuis plusieurs années la mise en œuvre d’un cadre structurel incluant des audits systématiques des dettes flottantes, une stricte limitation des engagements non prévus et une modernisation des outils de gestion des finances publiques.

des répercussions concrètes sur l’économie et les services publics

Au-delà des équilibres macroéconomiques, la dette flottante perturbe gravement la commande publique. Les entreprises, anticipant les retards de paiement, intègrent une majoration de leurs offres pour couvrir les risques, ce qui renchérit le coût des marchés publics. Certaines renoncent même à participer aux appels d’offres, réduisant ainsi la concurrence et la qualité des prestations. Le secteur productif national, censé tirer profit de la dépense publique, en subit les effets pervers.

Le domaine des BTP, l’un des principaux créanciers de l’État pour les grands travaux d’infrastructure, illustre parfaitement cette dynamique. Les retards sur les chantiers routiers, le ralentissement des projets d’équipement et les litiges en constante augmentation devant les juridictions administratives alourdissent la facture globale. Les secteurs de la santé et de l’éducation, également concernés par ces retards de paiement, voient leurs approvisionnements et leurs opérations perturbés, avec des conséquences directes sur la qualité des services rendus à la population.

La question de l’avenir reste entière. Bien que le gouvernement camerounais ait promis de ramener le stock d’arriérés à un niveau acceptable, les perspectives pour 2026, marquées par une croissance modérée et des recettes fiscales en baisse, rendent la tâche ardue. Sans une réforme en profondeur de la chaîne de la dépense, la dette flottante pourrait bien devenir un marqueur récurrent de la fragilité budgétaire, alors que le Cameroun reste la première économie de la CEMAC.

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