13 août 2026

Africa Solidaire

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Ebomaf domine les infrastructures gabonaises avec plus de 700 milliards de fcfa de travaux

Depuis le déclenchement de la transition politique en août 2023, le groupe EBOMAF, originaire du Burkina Faso, s’est imposé comme le principal bénéficiaire des marchés publics au Gabon. En l’espace de moins de trois ans, l’entreprise dirigée par Mahamadou Bonkoungou cumule des contrats d’une valeur dépassant les 700 milliards de FCFA, un exploit exceptionnel dans l’histoire récente du pays. Parmi les réalisations attribuées figurent des infrastructures majeures : routes stratégiques, extension de l’aéroport d’Andem et construction de la future capitale administrative Libreville 2. Ces chantiers s’inscrivent dans la stratégie de transformation nationale portée par le président de transition, Brice Clotaire Oligui Nguema.

Une domination marquée dans le secteur des infrastructures gabonaises

L’accroissement rapide des engagements contractuels avec EBOMAF suscite des interrogations tant sur son rythme que sur son ampleur. Chaque annonce gouvernementale concernant des projets d’infrastructure semble privilégier ce même prestataire, sans que les processus de mise en concurrence ne soient systématiquement documentés. Les réalisations attribuées couvrent des centaines de kilomètres de routes, des infrastructures aéroportuaires et un projet urbain d’envergure visant à désengorger la capitale Libreville.

Cette concentration des marchés interroge sur les risques de dépendance envers un unique acteur. Lorsque qu’un même groupe assure à la fois la conception, l’exécution et le financement partiel de multiples projets, la capacité de l’État à négocier ou à diversifier ses choix se réduit considérablement. Le Gabon, confronté à une baisse des revenus pétroliers ces dernières années, fait face à un endettement extérieur déjà scruté par les institutions financières internationales.

Les défis de la transparence financière des contrats publics

Le montant de 700 milliards de FCFA, avancé par EBOMAF, n’a pas été consolidé par les autorités gabonaises. Ni le ministère des Travaux publics, ni celui des Comptes publics, ni même la Cour des comptes n’ont publié à ce jour un bilan global des engagements contractuels entre l’État et l’entreprise burkinabè. L’absence d’un suivi budgétaire unifié rend difficile l’évaluation précise des flux financiers : paiements directs, préfinancements bancaires ou mécanismes de compensation restent flous pour l’observateur extérieur.

Cette opacité nourrit des questionnements sur la gestion des circuits de trésorerie. Quels sont les organes responsables de la validation des décomptes ? Quelles institutions financières abritent ces flux ? Quelles garanties souveraines ont été mises en place pour sécuriser les préfinancements ? Ces interrogations, conformément aux normes de transparence promues par le Fonds monétaire international et la Banque africaine de développement, nécessitent une publication régulière des données. Le contraste est saisissant entre l’opacité des mécanismes financiers et la médiatisation des inaugurations de chantiers.

Un modèle de financement à double tranchant pour le Gabon

EBOMAF s’est bâti une réputation régionale grâce à un modèle hybride combinant exécution des travaux et préfinancement bancaire, souvent garanti par des établissements financiers ouest-africains. Ce système présente un avantage immédiat pour des États sous pression budgétaire : il permet de démarrer des projets sans mobiliser des ressources fiscales immédiates. Cependant, il reporte sur les exercices budgétaires ultérieurs une dette dont le coût réel dépend des conditions négociées.

Ce modèle a permis au groupe de s’implanter solidement au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Togo et au Sénégal. Pourtant, il a aussi généré des polémiques récurrentes concernant les taux appliqués, d’éventuels surcoûts et la qualité des infrastructures livrées. L’application à grande échelle de ce schéma au Gabon, dans un contexte politique encore instable, exige une analyse minutieuse des clauses financières et des dispositifs de contrôle intégrés.

Pour les partenaires financiers du Gabon, la problématique dépasse la simple efficacité des travaux. Elle concerne la crédibilité de la feuille de route économique présentée par les autorités de transition et la durabilité du service de la dette après le cycle électoral. La publication d’un rapport consolidé sur les engagements liés à EBOMAF enverrait un signal fort de rigueur, à un moment où les bailleurs internationaux réévaluent leur exposition au risque souverain gabonais.

La monopolisation des grands projets par un seul acteur soulève également des enjeux pour l’écosystème local du BTP. Les entreprises gabonaises, souvent cantonnées à des rôles de sous-traitance, peinent à se développer faute d’accès aux marchés structurants. La question de la gestion financière des opérations d’EBOMAF au Gabon reste en suspens.

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