Maroc : les revendications sur Ceuta restent au cœur des tensions avec l’Espagne
Maroc : les revendications sur Ceuta restent au cœur des tensions avec l’Espagne
Les tensions entre le Maroc et l’Espagne autour des enclaves de Ceuta et Melilla, territoires espagnols en Afrique du Nord, ont resurgi avec force lors de la récente crise migratoire qui a submergé Ceuta fin juillet. Selon Jorge Dezcallar, ancien ambassadeur espagnol au Maroc et ex-directeur des services de renseignement espagnol (CNI), ces revendications territoriales restent un sujet non négociable pour Rabat.
Avec l’arrivée massive d’au moins 72 000 migrants à Ceuta, cette crise a mis en lumière un différend de longue date, alimenté par une perception marocaine d’un gouvernement espagnol affaibli. Jorge Dezcallar souligne que le Maroc « tâte le terrain » dans ce contexte, profitant selon lui d’une situation politique fragile à Madrid.
Un gouvernement espagnol sous pression
Le gouvernement de gauche dirigé par Pedro Sánchez fait face à des scandales de corruption impliquant des hauts responsables et son entourage. Ses positions progressistes sur l’immigration et ses critiques envers les États-Unis ont également creusé les divisions au sein de l’Union européenne. Ces éléments, combinés, affaiblissent la position espagnole face aux revendications marocaines.
Pour Dezcallar, « les relations entre l’Espagne et le Maroc oscillent entre passion et rationalité, avec des hauts et des bas constants ». Pourtant, ces deux pays entretiennent des liens économiques et stratégiques essentiels, notamment en matière de migration, de lutte antiterroriste et de stabilité régionale.
Des revendications territoriales toujours d’actualité
Les autorités marocaines, soutenues par les médias proches de la monarchie, réaffirment régulièrement leur souveraineté sur Ceuta et Melilla, des territoires espagnols depuis des siècles, bien avant la formation de l’État marocain moderne.
Le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a réitéré cette position sans ambiguïté : « Cette question reste d’actualité. Chaque rencontre avec les Espagnols est l’occasion de la soulever. Nous restons fermement ancrés sur nos territoires […] Nous la résoudrons par la négociation et avec patience. »
Margarita Robles, ministre espagnole de la Défense, a immédiatement réagi : « Que les choses soient claires : Ceuta et Melilla sont espagnoles. Elles sont et resteront espagnoles. »
Notamment, le roi Felipe VI n’a jamais effectué de déplacement officiel dans ces enclaves, tandis que la première visite d’un ministre espagnol des Affaires étrangères n’a eu lieu que récemment, un geste perçu comme une tentative d’apaisement envers Rabat.
Une crise migratoire au cœur des tensions
Madrid et Rabat attribuent la récente crise migratoire à des réseaux de passeurs exploitant une décision de justice espagnole interdisant les refoulements immédiats des migrants arrivant à Ceuta et Melilla par voie maritime. Pour Dezcallar, cette situation révèle « une certaine permissivité, voire une négligence » des autorités marocaines.
Il met également en garde contre l’incapacité de l’Espagne à endiguer ces flux, soulignant que ce phénomène n’est pas nouveau. En 2021, après l’hospitalisation en Espagne du dirigeant sahraoui Brahim Ghali, le Maroc avait orchestré l’arrivée de près de 10 000 migrants à Ceuta, qualifiée par Robles d’acte de « chantage ».
Dezcallar rappelle les alertes des autorités locales de Ceuta, qui avaient signalé une augmentation progressive des arrivées irrégulières dans les jours précédant la crise. Les services de renseignement et les syndicats de police ont également confirmé la menace d’un nouvel afflux pour le 15 août, amplifiée par des appels à l’assaut sur les réseaux sociaux.
« Quiconque croit que le Maroc renoncera à ses revendications sur Ceuta et Melilla se trompe », conclut-il avec fermeté.