13 juin 2026

Africa Solidaire

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Enquête suisse sur gunvor et un contrat pétrolier gabonais

Le groupe suisse Gunvor se retrouve une nouvelle fois au cœur d’une enquête pénale en Suisse, cette fois pour un accord pétrolier d’un montant avoisinant le milliard de dollars, signé avec le Gabon. L’enquête, menée par le Ministère public de la Confédération (MPC), examine les modalités d’attribution de ce contrat d’enlèvement de brut ainsi que les mécanismes financiers associés. Genève, berceau mondial du commerce des hydrocarbures, a vu plusieurs de ses acteurs majeurs confrontés à des affaires de corruption impliquant des pays africains ces dernières années.

Un contrat gabonais sous le microscope des magistrats helvétiques

Les investigations suisses portent sur des livraisons de pétrole gabonais évaluées à près d’un milliard de dollars. Les juges cherchent à déterminer si des intermédiaires ont reçu des commissions afin d’influencer l’attribution de ce marché par les autorités gabonaises. Avec une production quotidienne d’environ 200 000 barils, le Gabon, 12ème producteur africain de brut, repose encore fortement sur ces revenus pour son budget national.

L’opération analysée remonte à une période où Libreville souhaitait élargir son portefeuille d’acheteurs et valoriser rapidement sa production. Les accords de pré-financement, où un négociant avance des fonds contre des livraisons futures, se sont multipliés dans les économies pétrolières africaines fragilisées par la baisse des cours. Ces dispositifs, par nature opaques, attirent désormais l’attention des régulateurs européens et nord-américains.

Gunvor, un acteur récurrent dans les dossiers africains

Ce nouveau dossier intervient alors que Gunvor n’a pas encore réglé son passif judiciaire en Afrique. En 2019, l’entreprise avait déjà été condamnée par le MPC à payer près de 94 millions de francs suisses pour des défaillances dans la prévention de la corruption au Congo-Brazzaville et en Côte d’Ivoire. Gunvor s’était alors engagé à renforcer ses protocoles internes de conformité, sous la pression de ses partenaires financiers et institutionnels.

La récurrence de ces affaires interroge sur l’efficacité des mesures correctives mises en place. Les autorités suisses, longtemps pointées du doigt pour leur indulgence envers les géants du négoce, ont durci leur approche. Depuis 2020, le dispositif de responsabilité pénale des entreprises pour défaut de prévention de la corruption a élargi le champ d’action du MPC. Le secteur du trading, qui représente environ 4 % du PIB helvétique, est désormais une cible prioritaire de cette politique répressive.

Libreville sous pression internationale

Pour les autorités gabonaises, cette enquête survient à un moment sensible. Les nouvelles autorités, installées après la transition de 2023, ont fait de la transparence des recettes pétrolières un pilier de leur légitimité. La Société gabonaise de raffinage et la Gabon Oil Company sont invitées à clarifier les circuits de commercialisation hérités de la décennie précédente. Une collaboration avec la justice suisse, si elle se concrétise, permettrait à Libreville de marquer une rupture avec les pratiques passées.

Toutefois, les enjeux dépassent le cadre bilatéral. L’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), dont le Gabon a réintégré le processus, exige la publication des contrats d’enlèvement. Les institutions financières internationales, notamment le Fonds monétaire international, conditionnent leur aide à une meilleure gouvernance du secteur des hydrocarbures. Une mise en évidence de paiements illicites à des intermédiaires gabonais pourrait impacter les négociations en cours pour un nouveau programme d’appui.

Côté suisse, les répercussions pourraient toucher d’autres acteurs. Plusieurs concurrents de Gunvor, déjà visés par des enquêtes pour des faits similaires en Angola, au Nigeria ou au Congo, suivront avec attention l’issue de cette procédure. La question de la confiscation des éventuels profits illicites, pouvant atteindre plusieurs dizaines de millions de dollars dans des dossiers comparables, reste un outil dissuasif majeur. Les développements de cette enquête helvétique pourraient s’accélérer dans les prochains mois.

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