Gabon : la SEEG remplacée par deux entités spécialisées dans l’eau et l’électricité
La Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) n’est plus. Le gouvernement gabonais a officiellement acté sa dissolution lors d’un conseil des ministres tenu à Libreville. Après plus de quarante ans de service public, place à deux nouvelles structures : l’une dédiée à l’électricité, l’autre à l’eau potable. Cette décision met fin à des mois d’incertitude sur l’avenir d’un opérateur marqué par des difficultés techniques et financières persistantes.
La fin d’un long chapitre pour le secteur de l’énergie gabonais
La SEEG, autrefois concédée au groupe français Veolia puis reprise par l’État en 2018, n’a jamais retrouvé son équilibre. Les coupures d’eau et les délestages électriques étaient devenus monnaie courante à Libreville, Port-Gentil et Franceville, provoquant le mécontentement des populations et des acteurs économiques. La transition politique amorcée après le départ d’Ali Bongo en août 2023 a placé la réforme du secteur au cœur des priorités.
Le diagnostic gouvernemental est sans appel : infrastructures vieillissantes, sous-investissement chronique, opacité de la gestion et confusion entre production, transport et distribution. La séparation des activités vise à clarifier les responsabilités et à attirer des investisseurs spécialisés capables d’injecter des capitaux dans chaque filière.
Deux sociétés distinctes pour l’électricité et l’eau
Concrètement, la réforme prévoit la création d’une société pour l’électricité et d’une autre pour l’eau potable. Cette segmentation, déjà en vigueur dans plusieurs pays de la région, permet d’adapter les modèles économiques : l’électricité nécessite une production lourde et un réseau haute tension, tandis que l’eau relève d’une logique territoriale et sanitaire avec des enjeux de captage, traitement et desserte rurale.
Cette nouvelle architecture devrait faciliter l’arrivée de partenaires techniques et financiers ciblés. Des institutions comme la Banque africaine de développement et la Banque mondiale réclamaient depuis longtemps une clarification du cadre pour engager des financements de long terme. La Société financière internationale (SFI) avait déjà manifesté son intérêt pour des projets sectoriels, sous réserve d’une refonte juridique.
Un défi social et industriel pour les autorités de transition
La mise en œuvre s’annonce complexe. Le sort des quelque 2000 employés de la SEEG est un dossier sensible, tout comme la reprise des dettes accumulées et la continuité de la facturation. Les autorités devront aussi définir le périmètre des concessions, les tarifs et le rôle de la future autorité de régulation. Plusieurs syndicats réclament déjà des garanties sur le maintien des acquis sociaux et l’absence de licenciements secs.
Sur le plan stratégique, cette réforme s’inscrit dans la volonté de souveraineté économique affichée par le président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema. Le Gabon entend reprendre la main sur ses actifs stratégiques tout en sécurisant la fourniture des services essentiels. Le pays dispose d’un potentiel hydroélectrique considérable, notamment avec les barrages de Grand Poubara et Kinguélé Aval, encore largement sous-exploité face à la demande nationale. L’enjeu est de transformer cette dotation naturelle en performance opérationnelle pour les ménages et les industries.
L’agenda de mise en place des deux entités n’a pas été précisé en détail, mais le gouvernement table sur un déploiement progressif dans les prochains mois. Le succès de la réforme dépendra de la qualité de la gouvernance et de la capacité à mobiliser les capitaux nécessaires aux investissements de rattrapage.