Gabon : un plan de 700 milliards de francs CFA pour bâtir une filière avicole locale

Le gouvernement gabonais a dévoilé un programme de 700 milliards de francs CFA visant à rendre le pays autosuffisant en viande de volaille d’ici le 1er janvier 2027. À cette date, Libreville interdira les importations de poulets surgelés, qui s’élèvent actuellement à 65 000 tonnes par an. L’objectif est de produire localement 125 000 tonnes de poulets de chair par an d’ici 2028, indique le ministère de l’Agriculture.
Un écosystème à mettre en place
Hervais Omva, président de l’ONG IDRC AFRICA et expert des filières avicoles, souligne que la réussite de ce projet repose sur la construction de toute la chaîne de production. « Le cap est fixé. Aux acteurs du secteur de bâtir l’écosystème en amont et en aval », explique-t-il. Il insiste sur la nécessité de produire localement du maïs et du soja, qui représentent près de 75 % de l’alimentation des volailles. « L’un des principaux défis est de produire localement des millions de tonnes de ces céréales », ajoute-t-il. La création d’emplois constitue également un enjeu majeur : « Certains abattoirs automatisés peuvent traiter jusqu’à 60 000 poulets par jour avec une vingtaine d’employés. Pour réduire le chômage des jeunes, il faut un modèle adapté aux réalités locales », précise-t-il.
Le Gabon mise sur les investisseurs africains
Libreville cherche à mobiliser des investisseurs du continent pour accompagner cette transformation. Après l’appel lancé par Brice Clotaire Oligui Nguema lors du sommet de Kigali en mai 2026, plusieurs opérateurs africains ont été reçus le 9 juin au Palais présidentiel. Le gouvernement assure que le dispositif technique est prêt et qu’une banque d’investissement est déjà opérationnelle. Un haut responsable du ministère de l’Agriculture déclare que « les différents mécanismes seront déployés progressivement ». À Port-Gentil, un éleveur nommé G.M., qui dirige un élevage de 10 000 poulets depuis une dizaine d’années, voit dans cette politique une opportunité. « Le potentiel est réel, mais passer à une production industrielle exige des investissements considérables », confie-t-il.
Une filière à structurer
La pandémie de Covid-19 puis la guerre en Ukraine ont mis en lumière la dépendance des importateurs aux marchés internationaux. Le Gabon entend renforcer sa production nationale pour réduire cette vulnérabilité. Les statistiques nationales indiquent que 54,6 % de la population a moins de 26 ans, tandis que le taux de chômage des jeunes se situe entre 30 % et 38 %. Le développement de la filière avicole représente donc un enjeu à la fois agricole, économique et social. Hervais Omva adresse un message aux jeunes Africains : « Le président a tracé la voie. Les investisseurs sont prêts. »