10 juin 2026

Africa Solidaire

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Issa Tchiroma Bakary dénonce un pillage de 10 000 milliards de francs CFA au Cameroun

Bradage de l’or, du pétrole et du bois, détournements via les lignes budgétaires 65 et 94, fraude fiscale et douanière, enrichissement du clan présidentiel : Issa Tchiroma Bakary révèle, chiffres à l’appui, les dérives du pouvoir dans une déclaration récente. Voici les principaux extraits.

« Chers compatriotes, j’ai été alerté par le détournement de l’or, estimé à 2 000 milliards de francs. J’ai immédiatement demandé à mes équipes au Cameroun et à l’étranger de me fournir un état détaillé des finances publiques. Le constat est accablant : en 43 ans, le pays est passé d’une prospérité relative à une misère absolue. »

Le premier volet de la prédation concerne les ressources du sous-sol, notamment le pétrole. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) a généré des recettes pétrolières hors budget et sans contrôle parlementaire pendant quarante ans. Le FMI, la Banque mondiale et l’ITIE ont signalé d’importants flux sortants non comptabilisés. Le pétrole aurait été vendu à Glencore à moins de 30 % de sa valeur, et les cargaisons disparues, avec des revenus manquants de plusieurs milliers de milliards de FCFA. Les forêts subissent le même sort : 80 % du bois est exporté illégalement, avec la complicité de l’État. Au total, entre l’or, le pétrole et le bois, plus de 10 000 milliards de francs CFA se sont envolés.

Le deuxième volet porte sur les marchés frauduleux. Les lignes budgétaires 65 et 94, couvrant la période 2012-2021, ont été effacées, représentant 5 400 milliards de dépenses sans justification. Le Tribunal criminel spécial (TCS), créé par Paul Biya lui-même, a condamné des serviteurs de l’État pour près de 9 000 milliards de détournements entre 1997 et 2021. Par ailleurs, selon le ministère des Finances et le Trésor public, plus de 20 000 fonctionnaires fantômes figuraient sur les listes de paie, causant un préjudice annuel d’environ 200 milliards de francs. Les grands scandales comme l’autoroute Yaoundé-Douala, la CAN 2021 et les vaccins anti-Covid ont entraîné des surfacturations massives dépassant 500 milliards de francs CFA.

Le troisième volet concerne la fraude fiscale et douanière. L’Agence nationale d’investigation financière (ANIF) et la Commission nationale anticorruption (CONAC) ont documenté des mécanismes systémiques : 1 665 milliards de francs de flux suspects en 2023, 1 246 milliards de fraude douanière sur six ans, et 1 745 milliards de fraude au scanning au port de Douala imputée à SGS. Ces chiffres expliquent les affrontements entre SGS et Transatlantic au port de Douala depuis 2026, chaque camp cherchant à contrôler la fraude institutionnalisée.

Enfin, le quatrième volet met en lumière l’enrichissement personnel du clan Biya. Le clan aurait détourné la fortune publique pour acquérir des biens au Cameroun, en France et au Moyen-Orient. Les Pays-Bas ont identifié 744 millions d’euros de biens mal acquis en France, auxquels s’ajoutent le domaine de Nyom du secrétaire général de la présidence (18 milliards de francs), des biens à Dubaï évalués à 44 milliards de francs, et des séjours à l’hôtel Continental de Genève à 50 000 dollars la nuit pour la délégation. Tous – M. Biya, son épouse, son fils, le secrétaire général, le directeur du cabinet civil, et d’autres – ont accumulé des fortunes sans respecter l’obligation de déclaration de patrimoine prévue par l’article 66 de la Constitution.

« Le montant total de la prédation est révoltant. Le scénario conservateur atteint 26 000 milliards de francs CFA, mais ce chiffre est une borne inférieure. Par extrapolation raisonnée, nos experts estiment le montant réel à 80 000 milliards. Avec seulement 26 milliards, le Cameroun aurait pu payer 36 années de salaires de tous les enseignants, soignants et soldats (380 000 personnes), ou construire 2 600 hôpitaux de district, soit 260 par région. »

« Il n’y aura ni amnistie ni négociation secrète. Tout haut fonctionnaire coupable de malversation répondra de ses actes devant les juridictions compétentes, nationales et internationales. »

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