Justice au Burkina Faso pour des journalistes et militants enrôlés de force
justice au Burkina Faso pour des journalistes et militants enrôlés de force
En juillet 2025, les autorités burkinabè ont annoncé la libération de cinq journalistes ainsi que d’un militant des droits humains, tous victimes d’un enrôlement forcé dans l’armée. Ces professionnels, arrêtés pour avoir critiqué la junte militaire, ont enfin recouvré leur liberté. Pourtant, leur cas met en lumière une réalité alarmante : d’autres journalistes et militants, toujours portés disparus depuis 2024, restent introuvables.
Enrôlement forcé : une répression déguisée contre les voix critiques
Le 24 mars 2024 à Ouagadougou, trois membres de l’Association des journalistes du Burkina (AJB) — Guezouma Sanogo, Boukari Ouoba et Phil Roland Zongo — ainsi que Luc Pagbelguem, journaliste à la chaîne BF1, ont été arrêtés pour avoir dénoncé les restrictions imposées à la presse par la junte. Leur engagement en faveur de la liberté d’expression leur a valu une sanction disproportionnée : leur enrôlement forcé dans les rangs militaires.
Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux début avril 2024 a confirmé leurs craintes : on y voyait Guezouma Sanogo, Boukari Ouoba et Luc Pagbelguem en uniforme militaire, illustrant la brutalité de cette mesure. Quant à Phil Roland Zongo, son enrôlement n’a été révélé qu’au moment de sa libération.
Disparitions forcées et silence imposé
Le 18 juin 2024, Kalifara Séré, commentateur sur BF1 TV, a disparu après une rencontre avec le Conseil supérieur de la communication (CSC), l’organe de régulation des médias. Ses propos, mettant en doute l’authenticité de photos officielles, lui ont valu un sort identique : enrôlement forcé. En octobre 2024, les autorités ont reconnu son incorporation, tout comme celle de deux autres journalistes, Serge Oulon et Adama Bayala. Aujourd’hui, leur localisation reste un mystère.
Le 29 novembre 2023, Lamine Ouattara, membre du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP), a été enlevé par des hommes en civil se revendiquant des services de renseignement. Son cas illustre une stratégie récurrente de la junte : réduire au silence les détracteurs par tous les moyens, y compris l’enrôlement arbitraire.
Une loi d’urgence détournée pour museler la dissidence
Selon Human Rights Watch, la junte burkinabè instrumentalise une loi d’urgence pour enrôler de force des journalistes, militants des droits humains et magistrats. Bien que la conscription soit légale en cas de menace nationale, elle doit respecter des règles strictes : informer les conscrits de la durée du service et leur offrir la possibilité de contester leur obligation. Or, au Burkina Faso, ces principes sont systématiquement bafoués.
Les autorités burkinabè sont donc appelées à libérer sans délai tous les détenus encore victimes de cette pratique abusive et à mettre fin à l’utilisation de la conscription comme outil de répression politique.