5 août 2026

Africa Solidaire

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La CEDEAO face à l’Alliance du Sahel : une stratégie unifiée pour éviter l’éclatement

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a adopté une position ferme et unifiée à l’encontre de l’Alliance des États du Sahel (AES). Lors du sommet ordinaire organisé à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d’État membres ont adopté une règle stricte : plus aucun pays de la région ne pourra entamer de discussions individuelles avec le Mali, le Burkina Faso ou le Niger sur les sujets majeurs. Cette mesure vise à protéger l’unité d’un espace ouest-africain déjà fragilisé depuis le retrait officiel des trois nations sahéliennes en janvier 2025.

Cette décision reflète une préoccupation croissante à Abuja. Depuis la création de l’AES en tant que confédération, plusieurs capitales ouest-africaines ont été tentées par des accords ponctuels avec les pays sahéliens, notamment sur des enjeux comme la libre circulation, la sécurité régionale ou les échanges commerciaux. En verrouillant les canaux de dialogue, la CEDEAO cherche à éviter que la solidarité affichée ne se fragilise sous la pression des intérêts nationaux immédiats.

Une stratégie collective pour renforcer l’influence régionale

Cette approche unifiée répond à une volonté de peser davantage dans les négociations. Face à une AES qui s’appuie sur un discours de souveraineté et de rejet de la tutelle régionale, la CEDEAO mise sur la puissance collective de ses membres pour défendre ses acquis d’intégration. Parmi les dossiers les plus critiques figurent le tarif extérieur commun, la libre circulation des personnes et les avantages commerciaux préférentiels, dont la remise en cause menacerait des décennies de construction régionale.

Cependant, cette stratégie comporte un risque : en interdisant les échanges bilatéraux, l’organisation s’expose à des blocages prolongés en cas d’absence de consensus interne. Les États côtiers, notamment le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Togo, entretiennent des liens économiques et humains étroits avec les capitales sahéliennes. Leurs réseaux logistiques desservent des économies enclavées dont la stabilité dépend aussi de celle des pays côtiers.

L’AES avance sur sa propre voie

De l’autre côté, l’Alliance des États du Sahel renforce son autonomie institutionnelle. Passeport confédéral, projet de monnaie commune et annonce d’une force conjointe de 5 000 soldats pour lutter contre le terrorisme : Bamako, Ouagadougou et Niamey montrent une volonté de bâtir une alternative crédible. Leur rapprochement avec la Russie, la Turquie ou l’Iran s’inscrit dans cette dynamique de recomposition géopolitique qui redessine les équilibres en Afrique de l’Ouest.

Dans ce contexte, la position de la CEDEAO oscille entre fermeté et ouverture. Les dirigeants réunis à Lungi ont réaffirmé leur volonté de maintenir un dialogue structuré avec l’AES, notamment sur des sujets cruciaux comme la mobilité des personnes et les échanges transfrontaliers. Cependant, ils entendent mener ce dialogue selon leurs propres conditions, sans se soumettre aux exigences imposées par la partie sahélienne.

Les défis concrets à résoudre

Plusieurs dossiers techniques attendent encore des solutions. Le statut des ressortissants sahéliens vivant dans l’espace CEDEAO, les règles douanières applicables aux marchandises en provenance de l’AES, la gestion des infrastructures partagées comme l’Autorité du bassin du Niger, ainsi que la reconnaissance mutuelle des diplômes, représentent autant de défis dont l’absence de solution pénaliserait rapidement les acteurs économiques et les citoyens.

Le calendrier des négociations n’a pas été rendu public après le sommet. Une commission technique devrait être mise en place pour préparer les bases des discussions avec Bamako, Ouagadougou et Niamey. La présidence en exercice, assurée par la Sierra Leone, aura pour mission de porter cette position collective auprès des autorités sahéliennes.

Une équation politique complexe se profile. Plusieurs pays membres, dont le Sénégal dirigé par Bassirou Diomaye Faye, ont récemment plaidé pour une approche plus conciliante envers l’AES, estimant que l’isolement des régimes sahéliens serait contre-productif. La discipline collective imposée à Lungi devra désormais surmonter ces divergences internes, sous peine de rester sans effet. Les prochaines négociations s’annoncent particulièrement ardues.

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