12 juillet 2026

Africa Solidaire

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Le campus de l’université Cheikh Anta Diop, berceau des débats sur l’afrique

Le campus de l’université Cheikh Anta Diop, symbole des luttes intellectuelles africaines

Dans les années 1970, le Sénégal indépendant voit s’affronter deux visions de l’avenir du continent au cœur même de l’université de Dakar. D’un côté, la pensée senghorienne, dominante, de l’autre, les idées révolutionnaires de Cheikh Anta Diop. Ce dernier, bien que présent physiquement sur le campus, en était alors privé de parole.

Une fresque murale représentant Cheikh Anta Diop à l’entrée de l’université de Dakar, symbole de son héritage intellectuel.

Un duel intellectuel au cœur du campus dakarois

L’université de Dakar, aujourd’hui rebaptisée en hommage à Cheikh Anta Diop, fut le théâtre d’un affrontement sans précédent entre Léopold Sédar Senghor et l’Égypte antique. Tandis que Senghor, alors président du Sénégal, défendait la « négritude » et le français comme langue de la culture, Cheikh Anta Diop, figure majeure de l’intelligentsia africaine, proposait une approche radicalement différente : une renaissance africaine fondée sur la reconnaissance de l’héritage égyptien comme patrimoine noir.

Buuba Diop, historien ayant fréquenté le campus dans les années 1970, témoigne : « Les étudiants contestataires de Senghor étaient majoritaires. Les organisations étudiantes ont même été dissoutes. » Une période où l’université de Dakar devenait un foyer de remise en question, bien au-delà des simples débats académiques.

Cheikh Anta Diop : un héritage scientifique et linguistique

Dès 1955, avec la publication de Nations nègres et culture, Cheikh Anta Diop pose les bases de sa thèse : l’Égypte antique était une civilisation noire, et c’est de cette réalité que doit partir toute réflexion sur l’avenir de l’Afrique. Une idée qui heurtait directement la vision senghorienne, pour qui « l’émotion est nègre comme la raison est hellène ».

Fatou Sow, sociologue ayant étudié sur le campus, explique : « La question de l’origine de la civilisation africaine, en particulier à travers l’Égypte, divisait profondément. Senghor respectait Cheikh Anta Diop pour son intelligence, mais rejetait ses idées. Leurs échanges, parfois vifs, ont marqué l’histoire intellectuelle du continent. »

Une reconnaissance tardive et des combats inachevés

Malgré son génie, Cheikh Anta Diop n’a jamais eu le droit d’enseigner l’histoire à l’université de Dakar. Relégué à l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), il y a développé un laboratoire de datation au carbone 14, alliant science et recherche sur les origines africaines. Ses rares interventions publiques sur le campus étaient des événements rares, souvent organisés sous la pression des étudiants.

Fatou Sow se souvient d’une conférence où Cheikh Anta Diop, invité in extremis, a dû affronter un auditoire silencieux : « Il a parlé seul, dans une salle où personne n’osait réagir. Ce moment a marqué les esprits, car c’était la première fois qu’il s’exprimait publiquement sur le campus. »

Cheikh Anta Diop s’est éteint en 1986, un an avant que l’université ne porte son nom. Pourtant, son combat pour les langues africaines, notamment le wolof, reste d’actualité : « Aujourd’hui, le wolof, qu’il défendait comme langue d’enseignement, n’a toujours pas sa place à l’université qui porte son nom », déplore Fatou Sow.

Un héritage toujours vivant

L’université Cheikh Anta Diop incarne aujourd’hui bien plus qu’un lieu d’études : elle est le symbole d’une Afrique en quête de sa propre voix. Entre héritage scientifique, débats linguistiques et lutte pour une reconnaissance culturelle, le campus dakarois reste un terrain fertile pour repenser le continent.

Plus de trente ans après sa mort, les idées de Cheikh Anta Diop continuent de résonner, rappelant que la renaissance africaine passe aussi par l’éducation et la fierté de ses racines.

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