21 juillet 2026

Africa Solidaire

Actualités et analyses sur l'Afrique subsaharienne, avec un regard solidaire sur les enjeux du continent.

Le dirigeant du Burkina Faso rejette la démocratie et mise sur un nouveau modèle politique

portrait d'Ibrahim Traoré en tenue militaire avec béret rouge

le dirigeant du Burkina Faso rejette la démocratie et mise sur un nouveau modèle politique

Ouagadougou — Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de l’État du Burkina Faso, a récemment affirmé que la démocratie était un système inadapté à son pays, lors d’une intervention télévisée diffusée sur les ondes de la télévision nationale.

« Il faut que les Burkinabè oublient la démocratie. Ce modèle ne nous convient pas », a-t-il déclaré avec fermeté, précisant que la majorité des Africains ne souhaitaient pas s’inscrire dans ce cadre institutionnel. Le capitaine Traoré, qui a accédé au pouvoir par un coup d’État il y a trois ans, avait pourtant promis un retour à l’ordre constitutionnel d’ici juillet 2024. Pourtant, deux mois seulement avant cette échéance, la junte a décidé de prolonger son mandat de cinq années supplémentaires.

Interdiction des partis politiques et rejet des institutions traditionnelles

En début d’année, les autorités burkinabè ont annoncé la dissolution de tous les partis politiques, dans le cadre d’un vaste projet de « refondation de l’État ». Ibrahim Traoré a justifié cette mesure en qualifiant les formations politiques de « sources de divisions » et de « dangers pour le projet révolutionnaire » en cours. « Un vrai homme politique au Burkina Faso, c’est un menteur, un hypocrite et un parleur sans scrupules », a-t-il lancé lors de son intervention, critiquant sévèrement les élites politiques locales.

Un système alternatif à inventer

Face au rejet catégorique du modèle démocratique, le dirigeant burkinabè a évoqué l’existence d’une « approche burkinabè », distincte des modèles occidentaux. « Nous ne cherchons pas à copier qui que ce soit. Notre objectif est de transformer radicalement la manière dont le pays est gouverné », a-t-il affirmé. Son projet repose sur trois piliers : la souveraineté nationale, le patriotisme et la mobilisation des masses, avec une place centrale accordée aux chefs traditionnels et aux structures communautaires.

Traoré a également insisté sur l’importance de l’autonomie économique et militaire, ainsi que sur la nécessité d’un travail intensif pour permettre au Burkina Faso de combler son retard face aux nations plus prospères. « Travailler six ou huit heures par jour ne suffira pas à faire décoller notre pays », a-t-il souligné lors de son entretien.

Critique de l’influence occidentale et rapprochement avec la Russie

L’homme fort de Ouagadougou a dénoncé l’ingérence des puissances occidentales, affirmant que « partout où elles tentent d’imposer la démocratie, cela se solde par des violences et des conflits ». Il a cité l’exemple de la Libye, où le renversement de Mouammar Kadhafi, soutenu par une intervention occidentale, a plongé le pays dans le chaos et empêché toute stabilisation durable.

Depuis son arrivée au pouvoir, le Burkina Faso a rompu avec ses partenaires traditionnels, notamment la France, dans sa lutte contre les groupes armés islamistes qui sévissent dans la région depuis plus d’une décennie. Comme le Mali et le Niger voisins, Ouagadougou s’est tourné vers la Russie pour obtenir un soutien militaire, sans pour autant observer une amélioration significative de la situation sécuritaire. Les violences persistent, malgré les changements de stratégie.

Bilan humain alarmant et répression de l’opposition

Un récent rapport de l’ONG Human Rights Watch révèle que plus de 1 800 civils ont perdu la vie au Burkina Faso depuis le putsch de 2023. Selon l’organisation, les deux tiers de ces décès sont imputables aux forces armées et aux milices pro-gouvernementales, le reste étant attribué aux groupes jihadistes. Par ailleurs, Traoré a muselé toute forme de dissidence, en ciblant l’opposition politique, les médias indépendants et la société civile. Des voix critiques ont même été envoyées en première ligne des combats contre les insurgés, selon plusieurs témoignages.

Malgré ce bilan controversé, le capitaine Traoré bénéficie d’un soutien grandissant sur le continent africain, notamment pour sa rhétorique panafricaniste et son opposition affichée à l’hégémonie occidentale.

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes