11 juin 2026

Africa Solidaire

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Le Gabon renforce le contrôle sur l’exploitation de l’iboga

Le Gabon a franchi une nouvelle étape dans la gestion de sa biodiversité en soumettant l’exploitation et la commercialisation de l’iboga à une autorisation préalable des autorités. Cette plante endémique d’Afrique centrale, aux propriétés psychotropes et thérapeutiques, est désormais strictement encadrée par Libreville. Longtemps exploitée sans règles claires, sa valeur économique mondiale a fortement augmenté ces dernières années, poussant le gouvernement à agir.

Une ressource clé sous tutelle étatique

La Tabernanthe iboga, un arbuste des forêts équatoriales gabonaises, occupe une place centrale dans le patrimoine national. Utilisée dans le rite initiatique bwiti, elle fait également l’objet de recherches biomédicales internationales pour traiter les addictions aux opiacés et à la cocaïne. Cette double importance, culturelle et pharmacologique, a attiré des opérateurs étrangers, parfois au détriment des peuplements sauvages.

Face à cette situation, le gouvernement gabonais exige désormais une autorisation administrative pour toute activité liée à l’iboga, qu’il s’agisse de la récolte, de la transformation, de la vente ou de l’exportation. Cette mesure s’inscrit dans la continuité des protections mises en place depuis que la plante a été classée patrimoine culturel national en 2000. Aucune opération commerciale ne peut être lancée sans validation des services compétents, sous peine de sanctions.

Souveraineté biologique et lutte contre la biopiraterie

Cette décision répond à une préoccupation de longue date des autorités et de la société civile gabonaise : les bénéfices de la plante sont souvent captés par des acteurs étrangers, sans retombées pour les communautés locales ou l’État. Depuis des années, des cliniques en Europe et en Amérique du Nord proposent des cures à base d’ibogaïne, un alcaloïde extrait des racines, à des prix élevés. La matière première provient majoritairement des forêts gabonaises, où la cueillette sauvage menace la survie de l’espèce.

En renforçant le cadre juridique, Libreville peut désormais tracer les flux, fixer des quotas et négocier des contrats d’accès et de partage des avantages, conformément au protocole de Nagoya, que le Gabon a ratifié. Cette approche est similaire à celle d’autres pays du bassin du Congo qui cherchent à protéger leurs ressources génétiques. Cependant, il reste à renforcer les capacités de contrôle sur le terrain, dans une zone forestière vaste et difficile d’accès, où la contrebande de produits forestiers non ligneux est encore fréquente.

Structurer une filière entre tradition et industrie

Au-delà de l’aspect répressif, ce nouveau cadre permet de structurer une filière nationale. Les acteurs concernés, qu’ils soient tradipraticiens, coopératives villageoises ou industriels, devront suivre un parcours administratif clair. L’enjeu pour le Gabon est double : préserver les peuplements naturels, dont la régénération est lente, et capter la valeur ajoutée d’une plante très recherchée par la recherche pharmaceutique mondiale.

Plusieurs questions restent en suspens. Quels seront les critères pour obtenir une autorisation ? Quel ministère gérera les dossiers ? Quelle place sera donnée aux communautés qui détiennent les savoirs traditionnels liés au bwiti ? La crédibilité du dispositif dépendra de la transparence des procédures et de la capacité de l’administration à équilibrer intérêts économiques et impératifs de conservation.

Pour les investisseurs et partenaires internationaux, le message est clair : l’iboga n’est plus une ressource en libre accès. Le Gabon, qui a multiplié les initiatives pour valoriser son capital naturel, des crédits carbone à la certification forestière, ajoute une nouvelle pièce à sa stratégie de souveraineté écologique. La réussite de cette réforme dépendra des moyens humains et techniques que le pays consacrera à son application. Le nouveau régime d’autorisation est déjà en vigueur.

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