Le Gabon reprend le contrôle de ses eaux et rompt son pacte de pêche avec l’Union européenne
La date du 29 juin 2026 marque un tournant historique pour l’économie du Gabon. Après dix-neuf années de collaboration, Libreville a officiellement décidé de ne pas reconduire l’accord de partenariat de pêche qui le liait à l’Union européenne.
Ce choix fort traduit une mutation profonde de la stratégie nationale. En s’affranchissant de ce cadre contractuel établi en 2007, les autorités gabonaises marquent leur volonté de placer la gestion des richesses halieutiques au centre du développement du pays. Cette décision s’inscrit dans la vision du président Brice Clotaire Oligui Nguema, qui prône une valorisation locale des ressources naturelles pour garantir une croissance plus inclusive.
La fin d’un modèle d’exploitation jugé insatisfaisant
Pendant près de deux décennies, les flottes européennes ont eu accès aux eaux territoriales gabonaises. Si cet arrangement était initialement perçu comme un levier de coopération, le bilan dressé aujourd’hui par Libreville met en lumière des résultats mitigés. Les retombées économiques pour le pays sont restées limitées par rapport à l’immense potentiel de son domaine maritime.
Le constat est clair : une part prépondérante des captures était exportée sans aucune transformation sur le sol gabonais. Ce système a empêché la naissance d’une véritable industrie locale, privant le pays de milliers d’emplois potentiels et du développement de compétences techniques spécialisées. Dans une dynamique de solidarité africaine et de réappropriation des richesses, le Gabon rejoint le mouvement des nations du continent africain qui souhaitent désormais rééquilibrer leurs échanges internationaux.
Faire de la pêche un pilier de la diversification économique
L’abandon de cet accord ouvre la voie à une nouvelle ère pour la filière halieutique gabonaise. Le gouvernement ambitionne désormais de transformer ce secteur en un moteur de croissance autonome à travers trois axes prioritaires :
- L’industrialisation locale : Créer des unités de transformation pour que les produits de la mer gagnent en valeur ajoutée avant toute exportation.
- La sécurité alimentaire : Garantir un approvisionnement stable et de qualité pour le marché intérieur.
- L’investissement privé : Encourager les acteurs nationaux et internationaux à investir dans la logistique, la conservation et le transport frigorifique.
Avec plus de 800 kilomètres de côtes, le Gabon possède les atouts nécessaires pour bâtir une économie bleue performante. Ce changement de paradigme est un signal fort envoyé aux partenaires étrangers : le pays ne se contentera plus d’être un simple réservoir de matières premières.
Une souveraineté économique en pleine affirmation
Au-delà du secteur de la pêche, cette rupture symbolise une volonté politique de maîtriser le destin économique national. Le défi consiste maintenant à concrétiser cette ambition en modernisant les infrastructures et en formant une main-d’œuvre qualifiée capable de porter cette nouvelle industrie.
En privilégiant la transformation sur place, le Gabon s’affirme comme un acteur majeur de l’Afrique subsaharienne info économique, prouvant que la véritable prospérité réside dans la capacité d’un État à valoriser durablement son propre patrimoine.