Le président sénégalais rompt avec son premier ministre Ousmane Sonko
Le président sénégalais rompt avec son Premier ministre Ousmane Sonko
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a destitué son Premier ministre Ousmane Sonko ce vendredi soir, mettant fin à une collaboration marquée par des tensions croissantes depuis leur arrivée au pouvoir en avril 2024, sous les espoirs d’un vaste mouvement populaire.
Dans un communiqué lu à la télévision nationale par le secrétaire général de la présidence, Oumar Samba Ba, le chef de l’État a annoncé avoir « mis fin aux fonctions de monsieur Ousmane Sonko en tant que Premier ministre », ce qui entraîne automatiquement celles des ministres et secrétaires d’État composant son gouvernement. « Les membres du gouvernement sortant sont chargés d’expédier les affaires courantes », précise le texte, sans indiquer de date pour la nomination d’un successeur.
Cette décision intervient après des mois de frictions entre les deux hommes, dont les divergences se sont intensifiées ces dernières semaines. Ousmane Sonko, figure charismatique et mentor politique de Faye, avait joué un rôle clé dans la victoire électorale du duo. Pourtant, leurs relations se sont dégradées, notamment en raison de la « personnalisation excessive » reprochée à Sonko au sein du parti au pouvoir.
L’ancien Premier ministre, longtemps opposant au président Macky Sall, avait été empêché de se présenter à l’élection présidentielle de 2024 en raison d’une condamnation pour diffamation l’ayant privé de ses droits civiques. Il avait alors soutenu la candidature de Bassirou Diomaye Faye, qui avait remporté le scrutin sous le slogan « Diomaye Moy Sonko » (« Diomaye, c’est Sonko » en wolof).
Sonko, connu pour sa rhétorique panafricaniste, avait su mobiliser une jeunesse sénégalaise en quête de changement, après des années de répression des manifestations contre le troisième mandat de Macky Sall. Libérés de prison grâce à une loi d’amnistie, les deux hommes avaient incarné l’espoir d’une nouvelle ère politique.
Des réactions immédiates et des tensions persistantes
Sur Facebook, Ousmane Sonko a réagi en ces termes : « Alhamdoulillah. Ce soir, je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui », quartier dakarois où se situe sa résidence. Des centaines de ses partisans se sont rapidement rassemblés devant son domicile pour célébrer son départ du gouvernement, marquant un nouvel épisode de mobilisation populaire.
Quelques heures avant l’annonce, Sonko avait dénoncé lors d’un discours au Parlement la « tyrannie » de l’Occident, qu’il accuse de vouloir « imposer l’homosexualité au reste du monde ». Cette prise de position intervient quelques semaines après l’adoption d’une loi alourdissant les peines contre les relations homosexuelles au Sénégal, pays majoritairement musulman.
Un contexte politique et économique tendu
Les tensions entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko s’étaient cristallisées ces derniers mois, rendant leur collaboration de plus en plus fragile. Le président avait récemment mis en garde : « Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance. Quand ce ne sera plus le cas, il y aura un nouveau Premier ministre ».
Le parti de Sonko, le Pastef, domine largement l’Assemblée nationale depuis les législatives de novembre 2024, remportées avec une large majorité. Récemment, le Parlement a ouvert la voie à une éventuelle candidature de Sonko à la présidentielle de 2029 en adoptant une réforme du code électoral, une décision dénoncée par l’opposition comme un avantage pour le leader du Pastef.
En juillet 2025, la Cour suprême du Sénégal a rejeté un recours de Sonko contre sa condamnation, relançant le débat sur son éligibilité. Pourtant, il a été élu député en novembre 2024 avant de renoncer à son mandat pour conserver son poste de Premier ministre, une situation que son parti considère comme une preuve de sa légitimité électorale.
Le paysage politique sénégalais reste marqué par des défis économiques majeurs. Le pays hérite d’une dette colossale, équivalente à 132 % de son PIB selon le Fonds monétaire international (FMI), faisant du Sénégal le deuxième pays le plus endetté d’Afrique subsaharienne. Le gouvernement de Faye a accusé l’administration précédente d’avoir caché l’ampleur de cette situation, entraînant la suspension d’un programme d’aide de 1,8 milliard de dollars par le FMI.