31 mai 2026

Africa Solidaire

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Le renouvellement politique en Côte d’Ivoire : un défi majeur pour l’avenir

Severin Yao Kouamé est docteur en sociologie, enseignant-chercheur à l’Université Alassane Ouattara (UAO) à Bouaké, en Côte d’Ivoire.

La Côte d’Ivoire vient de clôturer une période électorale qui a solidifié la position du parti présidentiel, le RHDP. Non seulement le président sortant, Alassane Ouattara, a obtenu un quatrième mandat controversé, mais sa formation politique a également conquis plus des trois quarts des sièges à l’Assemblée nationale. Cette domination s’est faite au détriment du PDCI, qui a vu son nombre de députés réduit de moitié, et du PPA-CI, qui a choisi de boycotter le scrutin. Face à la persistance des divisions au sein de l’opposition et à la difficulté du parti au pouvoir à désigner un successeur consensuel au chef de l’État, la Côte d’Ivoire se trouve-t-elle à la croisée des chemins, marquant la fin d’un cycle politique de trois décennies incarné par les figures emblématiques Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara ? Le Dr Séverin Kouamé, sociologue et enseignant-chercheur à l’université de Bouaké, nous apporte son éclairage sur cette actualité Afrique de l’Ouest cruciale, dans un contexte de renouvellement politique sur le continent africain.

RFI : Dr Séverin Yao Kouamé, le PPA-CI a récemment annoncé son premier congrès pour mai, confirmant Laurent Gbagbo à sa tête. Cette décision intervient malgré son âge, sa santé fragile et l’éviction de personnalités comme Stéphane Kipré, Armand Ouégnin ou Ahoua Don Mello. Peut-on envisager la fin de l’ère de Laurent Gbagbo, figure historique de l’opposition ?

Dr. Séverin Yao Kouamé : La question de son état physique est prégnante. Quant à parler de la fin d’une ère, une analyse plus approfondie s’impose. Il est certain que Laurent Gbagbo aspire au repos. Il a été un opposant historique sous Houphouët Boigny, un acteur clé de l’instauration du multipartisme. Il a mené d’innombrables combats. Cependant, il est clair que physiquement, le moment est venu pour lui de passer le flambeau. Le véritable défi réside dans la capacité à identifier qui pourra reprendre et poursuivre la lutte qu’il a engagée il y a plus de trente ans. C’est un enjeu majeur pour la solidarité africaine et l’Afrique subsaharienne info.

Toujours au sein de la gauche ivoirienne, le Mouvement des Générations capables (MGC) de Simone Ehivet n’a obtenu aucun siège à l’Assemblée nationale, malgré une coalition avec le Cojep de Charles Blé Goudé et le PDCI. Comment expliquer que ces figures majeures de l’opposition peinent autant à mobiliser aujourd’hui ?

Des formations comme le MGC sont encore en phase de développement. L’adhésion de l’électorat se construit sur le long terme. D’autant plus que nous faisons face à une population électorale profondément transformée, notamment les jeunes de 18 à 35 ans, qui manifestent un certain désenchantement envers la politique et les élections. Ce n’est pas une problématique exclusive à la gauche, mais un défi pour l’ensemble de la classe politique : comment raviver l’intérêt pour la chose électorale ? Pendant longtemps, les campagnes ont misé sur l’identité et les peurs, en véhiculant l’idée que sans un représentant au pouvoir, on ne bénéficie de rien, qu’il s’agisse d’infrastructures routières ou d’écoles. C’est ce type de marketing qui doit évoluer.

Vous l’avez souligné, la situation est similaire du côté libéral de l’échiquier politique. Les divisions au sein du PDCI et l’absence prolongée de son nouveau président, Tidjane Thiam, ont fait perdre au parti historique la moitié de ses députés en cinq ans seulement. Est-ce la preuve que le parti peine à se relever de la disparition de son charismatique ancien chef, Henri Konan Bédié ?

La question est de savoir si le parti est capable de se réinventer. Quelle est la proposition actuelle du PDCI ? Va-t-il maintenir cette approche de division ethnique de l’électorat, en partant du principe qu’il existe un électorat « akan » captif ? Je pense qu’aujourd’hui, les citoyens aspirent à autre chose. Une grande partie de la jeunesse se trouve dans une sorte d’angle mort. L’idée qu’un héritage historique ou qu’un nom prestigieux suffise à mobiliser les électeurs n’est plus suffisante pour le renouvellement politique.

Le parti au pouvoir, le RHDP, n’a jamais été aussi dominant. Pourtant, malgré l’âge avancé du président Alassane Ouattara, aucune figure ne semble faire l’unanimité pour incarner un nouveau leadership. Dr. Séverin Kouamé, cette situation ne marque-t-elle pas la fin d’une page de l’histoire politique ivoirienne, qui depuis 30 ans a été structurée autour de Ouattara, Gbagbo et Bédié ?

Nous observons une réelle difficulté de la classe politique à faire émerger de nouvelles figures. Pour moi, c’est la crise d’un système, d’un modèle de gouvernance et de fonctionnement politique qui exige une approche différente. La sanction est déjà visible : des taux de participation électorale extrêmement faibles, y compris dans les bastions traditionnels des partis. C’est un symptôme clair de la nécessité d’un renouvellement politique Côte d’Ivoire.

On a assisté à un nombre record de candidats indépendants aux législatives, même si leurs résultats à l’Assemblée ont été modestes. La nouvelle dynamique politique pourrait-elle finalement venir de cette jeunesse qui cherche à s’affirmer avec ses propres idées, en dehors des partis traditionnels, et peut-être aussi d’une société civile qui peine encore à s’imposer en Côte d’Ivoire ?

Ces jeunes ont le mérite d’avoir tenté l’expérience. Ce sont des individus qui, en dehors du sérail politique traditionnel, ont prouvé leur valeur. Nous voyons des jeunes entrepreneurs qui ont démontré leur compétence auprès de la population. Quand on est capable de se construire en marge du système et de laisser une empreinte durable sur une décennie ou plus, il y a de fortes chances que les citoyens finissent par vous accorder leur confiance par le vote. Traditionnellement, le discours auprès des populations était : « C’est le chef de l’État qui m’envoie ! C’est le chef du parti qui m’envoie ! » Mais ces indépendants ont prouvé que, sans être des « envoyés » au sens ivoirien du terme, ils sont capables de s’envoyer eux-mêmes. Cette tendance est une Afrique solidaire actualité prometteuse pour l’avenir politique.

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