31 juillet 2026

Africa Solidaire

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Liberté de Moussa Tiangari : le groupe ONU exige sa libération immédiate au Niger

liberté de Moussa Tiangari : le groupe ONU exige sa libération immédiate au Niger

Déclaration
Niger
  • Défenseurs des droits humains

Les associations Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et Organisation mondiale contre la torture (OMCT), via l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, saluent sans réserve l’avis rendu par le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire. Ce dernier conclut au caractère arbitraire de la détention de Moussa Tiangari, défenseur nigérien des droits humains, et exige sa libération immédiate et sans conditions.

Le 23 juin 2026, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire (GTDA) a rendu public son avis n°4/2026, adopté le 23 mars 2026, qualifiant la détention de Moussa Tiangari d’« arbitraire ». Cet avis fait suite à une plainte déposée par l’International League Against Arbitrary Detention (ILAAD) et aux pressions soutenues de la société civile, en particulier de l’Observatoire, qui a multiplié les appels pour sa libération inconditionnelle.

Le 3 décembre 2024, Moussa Tiangari, secrétaire général de l’organisation Alternative espaces citoyens (AEC), a été enlevé à son domicile à Niamey avant d’être placé au secret pendant près de 48 heures, suscitant des craintes de torture et de mauvais traitements. Le 5 décembre 2024, il est localisé dans les locaux du Service central de lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière organisée (SCLCT/CTO) de Niamey, où il est placé en garde à vue. Il est ensuite inculpé par le doyen des juges d’instruction du Tribunal de grande instance hors classe de Niamey le 3 janvier 2025.

Son arrestation intervient le jour même de son retour d’Abuja, au Nigéria, où il avait participé au Conseil d’administration du Centre pour la démocratie et le développement (CDD), partenaire de l’AEC. Quelques jours plus tôt, il s’était rendu à Abidjan, en Côte d’Ivoire, pour assister à la septième édition de la conférence internationale « Humanitarium Itinérant », organisée par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à l’occasion des 75 ans des Conventions de Genève. Cet événement visait à aborder les défis de l’action humanitaire et l’importance du respect du droit international humanitaire. Un journaliste proche des autorités nigériennes l’a accusé, dans un article publié le 4 décembre 2024, d’avoir tenu des propos portant atteinte aux intérêts du Niger. Par ailleurs, l’AEC avait organisé le 28 novembre 2024 une conférence critique sur la déchéance de nationalité décidée par le régime militaire en place, en présence du procureur de la République et d’anciens dignitaires, dont un ancien ministre de la Justice.

Dans son avis, le GTDA estime que la détention de Moussa Tiangari est arbitraire car dépourvue de base légale, marquée par de graves violations de son droit à un procès équitable, et motivée par des raisons discriminatoires liées à l’exercice de sa liberté d’opinion, d’expression et de réunion pacifique. Le groupe conclut à la violation par les autorités nigériennes des articles 2, 3, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 19, 20 et 21 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme ainsi que des articles 2, 9, 14, 16, 19, 21, 22, 25 et 26 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

L’Observatoire dénonce le maintien en détention arbitraire de Moussa Tiangari à la prison de sécurité de Filingué, malgré les conclusions sans ambiguïté du GTDA. Inculpé pour « apologie du terrorisme », « atteinte à la sûreté de l’État », « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste », « atteinte à la défense nationale » et « complot contre l’autorité de l’État en intelligence avec des puissances ennemies », il risque la peine de mort en cas de condamnation.

Le 15 mai 2026, la chambre de contrôle du pôle spécialisé en matière de lutte contre le terrorisme de la Cour d’Appel de Niamey a rejeté sa demande de remise en liberté provisoire. Pourtant, l’article 615 de l’ordonnance n°2026-10 du 16 février 2026, qui fixe à douze mois renouvelables une fois la durée maximale de la détention provisoire en matière de terrorisme, aurait dû permettre sa libération après un an et demi de détention. Le 19 juin 2026, ses avocats ont saisi la Chambre de contrôle spécialisée pour exiger sa libération, mais une ordonnance n°2026-35 du 26 juin 2026 a rétroactivement porté cette durée maximale à quatre ans renouvelables une fois, offrant ainsi un prétexte pour le maintenir en détention. Les avocats ont dénoncé une possible instrumentalisation du code de procédure pénale à des fins politiques.

Il ne s’agit pas de la première détention arbitraire de Moussa Tiangari. Depuis des années, il subit un harcèlement judiciaire constant en raison de son engagement pacifique en faveur des droits humains. En mai 2015, il a été arbitrairement détenu pendant dix jours et poursuivi pour « atteinte à la défense nationale » et « propos de nature à démoraliser les troupes ». En mars 2018, il a été arrêté puis détenu pendant quatre mois pour son rôle dans des manifestations pacifiques contre la loi de finances 2018. En mars 2020, il a à nouveau été arrêté et détenu pendant un mois et demi à la suite d’une manifestation anti-corruption dénonçant des détournements de fonds dans l’achat de matériel militaire.

La situation de Moussa Tiangari s’inscrit dans un contexte plus large marqué, depuis le coup d’État du 27 juillet 2023, par un rétrécissement de l’espace civique et des atteintes répétées aux droits fondamentaux au Niger. La liberté d’expression, d’opinion, d’association, de réunion et de manifestation est systématiquement bafouée, comme en témoignent les arrestations arbitraires et les déchéances de nationalité de défenseurs des droits humains.

L’Observatoire exige des autorités nigériennes qu’elles se conforment sans délai à l’avis du GTDA en libérant immédiatement et sans conditions Moussa Tiangari, en abandonnant toutes les charges retenues contre lui, en lui accordant réparation et en menant une enquête indépendante sur les circonstances de sa détention arbitraire. Une enquête doit également être ouverte pour vérifier les allégations de torture et de mauvais traitements subis par le défenseur.

Enfin, le Niger doit mettre fin à tout acte de harcèlement, y compris judiciaire, envers Moussa Tiangari et l’ensemble des défenseurs des droits humains dans le pays. Les autorités doivent garantir en toutes circonstances le respect du droit à la liberté d’expression, conformément à l’Article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à l’Article 9 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, auxquels le pays est partie.

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