31 mai 2026

Africa Solidaire

Actualités et analyses sur l'Afrique subsaharienne, avec un regard solidaire sur les enjeux du continent.

L’Union africaine face au défi de la crédibilité électorale sur le continent

A woman casts her vote on the day of Cameroon's presidential election at a polling station in Garoua, Cameroon, October 12, 2025. REUTERS/Desire Danga Essigue

L’Union africaine : simple observatrice ou véritable arbitre des scrutins ?

En privilégiant les processus formels au détriment de la réelle compétitivité politique, l’action de l’Union africaine lors des cycles électoraux de 2025 interroge sur sa capacité à défendre la démocratie.

Les scrutins organisés sur le continent africain en 2025 mettent en lumière une déconnexion flagrante entre la multiplication des rendez-vous électoraux et la qualité réelle des pratiques démocratiques. Bien que l’Union africaine (UA) s’efforce de professionnaliser ses missions d’observation, les résultats restent mitigés.

S’appuyant sur la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, la Commission de l’UA a pour mission de veiller à la transparence et à l’équité des votes. Elle doit rapporter ses observations au Conseil de paix et de sécurité (CPS) et peut, théoriquement, dénoncer les irrégularités pour susciter des corrections. Dans le cadre de l’actualité Afrique de l’Ouest et au-delà, 14 nations ont sollicité l’expertise de l’UA l’an dernier.

Toutefois, l’institution reconnaît que les dérives s’installent souvent bien avant l’ouverture des bureaux de vote. L’usage abusif du droit à des fins politiques, l’exclusion systématique des opposants et le verrouillage de l’espace public sont autant de signaux d’alerte. Aujourd’hui, les élections ne garantissent plus systématiquement une alternance démocratique : elles servent parfois uniquement à valider le maintien au pouvoir des dirigeants en place.

Des trajectoires démocratiques divergentes

Selon les données de Freedom House, une majorité de pays ayant voté en 2025 sont considérés comme « non libres ». Dans ces contextes, la répression et les restrictions numériques compliquent grandement la mission des observateurs. À l’inverse, le Malawi et les Seychelles font figure d’exceptions notables. Ces deux nations ont démontré une maturité politique certaine, avec des transitions pacifiques portées par des institutions solides et une justice indépendante.

À l’opposé, des pays comme la Tanzanie, le Cameroun ou le Togo illustrent une tendance vers des systèmes à parti dominant. Ici, l’élection devient une simple formalité administrative vidée de sa substance compétitive. Au Togo, une modification constitutionnelle a permis de réorganiser la structure du pouvoir exécutif, offrant ainsi une voie légale pour prolonger la gouvernance de la famille au pouvoir depuis des décennies.

En se focalisant sur la forme technique des votes, l’UA élude souvent les enjeux politiques de fond.

Le paradoxe de la validation diplomatique

Les rapports de Mahamoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’UA, soulignent régulièrement les risques de violences post-électorales. Pourtant, les prises de position officielles restent souvent évasives. Par exemple, après le scrutin en Tanzanie, la présidence de la Commission a félicité le vainqueur avant même la publication du rapport des observateurs, lequel s’est avéré particulièrement critique sur la conformité du vote aux standards de l’organisation.

Cette approche, centrée sur le respect des horaires ou du matériel électoral, masque l’érosion de la solidarité africaine envers les principes démocratiques. Le fossé se creuse entre les textes normatifs de l’organisation et la réalité du terrain.

Transitions militaires et normalisation par les urnes

La question des coups d’État reste un point de friction majeur pour l’Afrique subsaharienne info. Dans des pays comme le Gabon ou la Guinée, les élections sont présentées comme un retour à l’ordre constitutionnel, permettant la levée des suspensions imposées par l’UA. Pourtant, la Charte interdit formellement aux auteurs de putschs de se présenter aux élections censées restaurer la démocratie.

Au Mali, au Niger et au Burkina Faso, les reports successifs des échéances électorales suggèrent que le vote est utilisé comme un outil de légitimation internationale plutôt que comme un moteur de changement. Cette tendance risque de normaliser les prises de pouvoir par la force si l’UA ne durcit pas ses mécanismes de sanction, comme l’avait suggéré le président kenyan William Ruto.

Participer aux élections permet parfois aux putschistes de pérenniser leur autorité.

En conclusion, l’année 2026 s’annonce tout aussi complexe avec une quinzaine de scrutins prévus. Le cas de l’Ouganda, où des félicitations officielles ont été adressées malgré des rapports signalant des harcèlements de l’opposition, illustre l’urgence d’une réforme. Pour ne plus être une simple « Afrique solidaire actualité » de façade, l’UA doit choisir : rester un témoin passif ou devenir un acteur engagé de la réforme électorale permanente.

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes