31 mai 2026

Africa Solidaire

Actualités et analyses sur l'Afrique subsaharienne, avec un regard solidaire sur les enjeux du continent.

Mali : la pénurie de carburant, une arme qui paralyse l’aide humanitaire

Le Mali est confronté à une situation critique où le manque de carburant, orchestré par un blocus djihadiste sur des axes routiers vitaux, aggrave une crise humanitaire déjà profonde. Cette pénurie bouleverse le quotidien des Maliens et entrave sévèrement les opérations des Nations Unies dans un pays en proie à l’insécurité alimentaire et aux violences.

Selon le bureau des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), les difficultés d’approvisionnement en essence et en diesel ont considérablement freiné les interventions dans plusieurs régions stratégiques du centre et du sud, notamment à Ségou, San, Koutiala, Mopti et Bandiagara. Ces zones sont des carrefours essentiels reliant la capitale, Bamako, au nord du pays, une région fortement touchée par l’instabilité.

De nombreux partenaires humanitaires ont été contraints de revoir à la baisse leurs activités sur le terrain. Par exemple, les cliniques mobiles ne peuvent plus opérer que dans un périmètre restreint d’une dizaine de kilomètres autour de leur base. Les braquages, les contrôles illégaux et les restrictions de circulation ont même mené à la suspension de certaines missions.

Depuis septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, bloque activement les livraisons de carburant depuis le Sénégal et la Côte d’Ivoire, principaux corridors d’importation pour ce pays enclavé d’Afrique de l’Ouest. Le blocus s’est étendu à Bamako et à la plupart des régions, précipitant les habitants dans une crise énergétique et alimentaire majeure.

Léré isolée et accès humanitaire restreint

Dans la région de Tombouctou, la ville de Léré, située près de la frontière avec la Mauritanie, est soumise à un blocus par des groupes armés depuis le 27 octobre. « Cette nouvelle mesure a provoqué des déplacements de populations vers des zones plus sûres », souligne l’OCHA dans son rapport d’octobre sur l’accès humanitaire, ajoutant que la localité est quasiment inaccessible pour toute nouvelle aide extérieure.

Le rapport fait état d’une cinquantaine d’incidents liés à l’accès humanitaire en octobre, soit une augmentation de 13 % par rapport au mois précédent. Les engins explosifs improvisés représentent la menace la plus sérieuse, avec 28 cas recensés. De plus, trois attaques directes contre des travailleurs humanitaires et neuf enlèvements ont été enregistrés, principalement dans les régions de Ségou et Gao. Tragiquement, deux agents humanitaires ont perdu la vie à Douentza lors du naufrage de leur embarcation sur le fleuve Niger. L’OCHA conclut que « les contraintes logistiques, notamment liées au carburant […] accentuent les défis d’accès aux populations dans le besoin ».

Un climat politique répressif

Cette crise sécuritaire se déroule dans un contexte politique de plus en plus tendu. Depuis sa prise de pouvoir en 2020, la junte dirigée par le général Assimi Goïta a renforcé son contrôle sur l’État, reportant les élections présidentielles sine die et dissolvant tous les partis politiques en mai 2025. Une loi adoptée en juillet l’autorise à prolonger son mandat jusqu’à la stabilisation du pays.

Le chef des droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, a critiqué cette situation, dénonçant « la fermeture de la porte à toute élection démocratique » et une « instrumentalisation de la loi contre l’expression de la dissidence ». Les arrestations d’opposants se sont multipliées, comme celle de l’ancien Premier ministre Moussa Mara, condamné pour « atteinte à la crédibilité de l’État ».

Une escalade de la violence et des besoins

La situation sécuritaire continue de se détériorer avec des attaques persistantes des groupes djihadistes, notamment le GSIM et la branche locale de Daech, dans le centre et le nord du pays, près des frontières avec le Burkina Faso et le Niger. Le bureau de Volker Türk a rapporté des centaines de violations graves des droits humains commises par toutes les parties au conflit.

Cette violence alimente une crise humanitaire dramatique. D’après l’OCHA, 6,4 millions de personnes, dont 3,5 millions d’enfants, ont besoin d’une aide d’urgence. Le Mali compte plus de 400 000 déplacés internes et 335 000 réfugiés dans les pays voisins. Un rapport de l’ONU classe le Mali parmi les six pires crises alimentaires mondiales, aux côtés d’Haïti, de la Palestine, du Soudan du Sud, du Soudan et du Yémen.

Des réfugiés ayant fui les violences au Burkina Faso ont trouvé refuge à Soucoura, au Mali, en mars 2024.

L’afflux de réfugiés du Burkina Faso

Dans le cercle de Koro, frontalier du Burkina Faso, l’arrivée massive de réfugiés ajoute une pression supplémentaire. Depuis avril, près de 50 000 Burkinabés s’y sont installés, mettant à rude épreuve les ressources locales. Pour faire face à cette situation, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a ouvert un bureau de terrain à Koro en octobre afin d’améliorer la coordination de la réponse humanitaire. L’actualité en Afrique de l’Ouest montre que le Mali accueille aujourd’hui plus de 150 000 réfugiés venus du Burkina Faso et du Niger, qui fuient les violences des groupes armés et les opérations militaires.

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes