26 mai 2026

Africa Solidaire

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Mali : la tabaski perturbée par le blocus terroriste autour de Bamako

À Bamako, la fête de l’Aïd al-Adha, ou Tabaski, est traditionnellement un moment de retrouvailles familiales et de célébrations. Pourtant, cette année, elle a été marquée par une absence notable : celle des proches restés dans les campagnes. Depuis plusieurs semaines, des groupes armés ont instauré un blocus partiel autour de la capitale malienne, perturbant les déplacements et plongeant les habitants dans une situation inédite.

Alpha Amadou, originaire de Mopti, en a fait l’expérience. À 40 ans, cet habitant de Bamako n’a pas pu rejoindre sa famille pour la fête, une première en trois décennies. « Pour la première fois, je vais célébrer l’Aïd ici. C’est triste, mais la route est trop risquée », confie-t-il avec une pointe de nostalgie.

Le blocus, mis en place fin avril par des combattants liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique, a des conséquences dramatiques. Les barrages routiers, installés sur les axes principaux, ont transformé les déplacements en véritable parcours du combattant. Des dizaines de véhicules, bus et camions, ont été incendiés, dissuadant les transporteurs et les voyageurs de prendre la route. Les rares minibus qui parviennent à circuler empruntent des itinéraires détournés, souvent sous escorte militaire, pour éviter les attaques.

Une fête traditionnellement sociale mise à mal

Au Mali, l’Aïd al-Adha est bien plus qu’une fête religieuse : c’est un événement social majeur. C’est l’un des rares moments où les familles, dispersées pour des raisons professionnelles, se retrouvent. Or, cette année, les gares routières de Bamako sont étrangement calmes. Les préparatifs habituels, synonymes d’effervescence, ont laissé place à une atmosphère de tension et d’incertitude.

Les difficultés ne s’arrêtent pas à l’insécurité. Les transporteurs font face à une double peine : des pénuries de carburant et des pertes matérielles. « Nous manquons de gazole, et certains de nos bus ont été détruits. C’est un vrai coup dur pour notre activité », explique le gérant d’une agence de voyage, sous anonymat.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. D’ordinaire, les compagnies de transport organisent plus de 50 000 trajets entre Bamako et les autres régions en une semaine pour l’Aïd. Cette année, aucun service n’est prévu. Les familles, comme celle de Wara Bagayoko, qui se rendait habituellement à Ségou, resteront cloîtrées à Bamako. « La route est trop dangereuse. Même les voitures particulières sont visées », confie-t-il.

Le bétail, cible des attaques et victime de l’inflation

La Tabaski repose aussi sur un rituel : l’achat d’un mouton pour le sacrifice. Mais cette année, le commerce du bétail est en crise. Les éleveurs peinent à acheminer leurs animaux vers Bamako, principale plaque tournante du marché. Le coût du transport, qui s’élevait généralement entre 2 500 et 2 750 francs CFA (4 à 5 dollars), a explosé, atteignant désormais entre 15 000 et 18 000 francs CFA (26 à 31 dollars), selon le transporteur Alassane Maiga.

Résultat : les prix des moutons ont flambé. Un animal qui coûtait autrefois 75 000 francs CFA se vend désormais jusqu’à 300 000 francs CFA. « Avant, nous avions des centaines de moutons disponibles. Aujourd’hui, il n’y en a presque plus », déplore Hama Ba, un marchand de Bamako. Pour les habitants, dont le salaire minimum s’élève à 40 000 francs CFA, l’accès à ce symbole de la fête devient un luxe inabordable.

Des services essentiels en déclin

La crise sécuritaire s’immisce dans le quotidien des Bamakois. La ville subit des coupures d’électricité prolongées et une pénurie d’eau potable, aggravant les difficultés des ménages. Ces perturbations rappellent que l’insécurité ne touche pas seulement les routes, mais aussi les infrastructures vitales.

Alors que l’Aïd al-Adha est synonyme de joie et de partage, les Maliens de Bamako vivent cette édition sous le signe de l’adaptation et de la résilience. Entre sacrifices personnels et défis logistiques, la fête prend cette année une tournure plus sombre, reflétant les tensions qui traversent le pays.

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