12 août 2026

Africa Solidaire

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Mali : les chiffres de la dirpa, une stratégie de communication sans fondement

Un bilan spectaculaire, mais des preuves introuvables

Au Mali, la communication militaire s’est transformée en un exercice de propagande où les chiffres tiennent lieu de preuves. Les derniers communiqués de la Direction de l’information et des relations publiques des Armées (DIRPA), publiés sous la plume du colonel-major Bakary Bocar Maïga, affichent des résultats impressionnants : 1 850 terroristes « neutralisés », 45 bases détruites, ainsi que l’anéantissement de centaines de véhicules et de motos pour les seuls mois de juin et juillet. Pourtant, cette avalanche de données soulève des interrogations légitimes sur leur exactitude et leur vérifiabilité.

Une méthode de comptage opaque et contestable

Comment une armée peut-elle revendiquer la neutralisation de près de deux mille combattants ennemis en seulement deux mois sans fournir la moindre preuve tangible ? Dans une région marquée par l’instabilité, les zones de combat restent inaccessibles aux observateurs indépendants, aux médias ou aux organisations de la société civile. Résultat : ces annonces triomphalistes reposent sur des bases fragiles, voire inexistantes.

Le terme « neutralisé » lui-même prête à confusion. S’agit-il de combattants tués au combat, de suspects arrêtés lors d’opérations de ratissage ou, pire, de civils victimes de bavures dans des régions où l’accès est strictement contrôlé ? Sans listes nominatives ni protocoles d’identification transparents, la frontière entre populations locales et groupes armés devient floue, alimentant les soupçons de manipulation.

Un décalage criant entre les annonces et la réalité du terrain

Si l’armée malienne clame avoir infligé des pertes décisives à ses adversaires, comment expliquer que les routes principales restent sous la menace constante d’embuscades ? Pourquoi des convois de carburant nécessitent-ils une protection militaire massive si les zones autrefois tenues par les insurgés ont été « purgées » ?

Les récentes attaques menées contre des positions stratégiques comme San ou Konna, ainsi que les offensives simultanées du JNIM dans le Nord et l’Est, démentent pourtant l’idée d’un ennemi « fortement affaibli ». Coordonner des assauts sur des garnisons clés alors que l’armée prétend maîtriser la situation relève davantage de la propagande que de la réalité opérationnelle.

Un récit officiel au service d’une stratégie politique

Cette communication militarisée sert avant tout à légitimer les orientations stratégiques du gouvernement de transition. En mettant en avant des résultats spectaculaires, Bamako cherche à justifier le Plan Dougoukoloko et le partenariat avec le contingent russe d’Africa Corps. L’objectif ? Convaincre la population et les partenaires internationaux que l’investissement militaire colossal porte ses fruits, malgré l’absence de transparence.

En verrouillant l’accès à l’information et en marginalisant les voix critiques, les autorités militaires imposent un récit unique : celui d’une victoire imminente, mais jamais vérifiable. Tant que la DIRPA privilégiera les chiffres triomphalistes à la publication de rapports détaillés et vérifiables, ces bilans continueront de nourrir le doute chez ceux qui subissent, au quotidien, les conséquences de l’insécurité.

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