31 mai 2026

Africa Solidaire

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Mali : l’étonnante inertie des mercenaires russes face aux offensives rebelles

Des assauts coordonnés frappent simultanément plusieurs localités du Mali, dont la capitale Bamako, mettant à mal le pouvoir de la junte militaire. Alors que des rebelles touaregs, alliés à des factions djihadistes, progressent sur le terrain, les forces russes déployées au côté du régime n’ont pas réagi. À Kidal, dans le nord du pays, elles ont même évacué la ville sans opposer la moindre résistance.

Les enregistrements filmés révèlent une scène pour le moins inhabituelle : une colonne de véhicules transportant des militaires russes quitte Kidal en toute hâte, sans que ces derniers n’engagent le moindre combat. Les nouveaux occupants de la ville ? Des combattants issus de la rébellion touareg, renforcés par des groupes armés affiliés à l’islam radical.

Des djihadistes défient ouvertement les Russes

La veille de cette retraite, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) a revendiqué une série d’attaques d’envergure dans différentes zones du pays, y compris Bamako. Dans leur communiqué, les djihadistes ont explicitement demandé aux forces russes de ne pas intervenir, afin de préserver les futures relations avec elles.

Cette passivité est d’autant plus frappante que le Africa Corps – qui a pris le relais du désormais célèbre groupe Wagner – compte environ 2 500 hommes au Mali. Pourtant, face à la pire crise sécuritaire depuis le coup d’État de 2019, ces mercenaires n’ont opposé aucune résistance. Une situation qui déçoit profondément les putschistes maliens, après avoir chassé l’armée française en 2022, et qui représente un revers cuisant pour Moscou, accueillie en libératrice.

Le régime malien sous pression

Le bilan est lourd pour le gouvernement de Bamako. Un haut responsable, le ministre de la Défense, a été tué lors d’un assaut visant sa résidence. Parallèlement, des groupes armés ont lancé des offensives simultanées dans plusieurs régions, profitant d’un manque de surveillance pour étendre leur emprise territoriale.

La perte de Kidal revêt une importance symbolique majeure. Cette ville, bastion de la rébellion touareg, avait été reprise en 2023 par l’armée malienne, avec l’appui des Russes, après onze années sous contrôle des indépendantistes de l’Azawad. Cette victoire, survenue peu après le départ des forces françaises et de la MINUSMA, avait consolidé la stature du colonel Assimi Goïta, chef de la junte.

Un bilan désastreux pour la junte et ses alliés

Trois ans après cette prétendue reconquête, la stratégie sécuritaire mise en place par le régime malien et ses partenaires russes montre ses limites. La suspension des partis politiques et la nomination sans élection du président alimentent le mécontentement populaire. Récemment, Bamako a même subi un blocus empêchant l’approvisionnement en carburant depuis les pays voisins.

Le risque d’un effondrement du pouvoir en place est réel. Le Mali pourrait se fragmenter entre les indépendantistes touaregs au nord et les divers groupes djihadistes se disputant le reste du territoire. La menace ne se limite pas aux frontières maliennes : le GSIM, actif au Mali, est lié à Al-Qaïda et nourrit des ambitions régionales. Le Niger et le Burkina Faso, membres de l’Alliance des États du Sahel avec le Mali, pourraient être les prochaines cibles en cas de chute de Bamako. À plus long terme, les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, déjà affectés par des incursions djihadistes, seraient également menacés.

Une décennie de déconvenues

L’intervention française en 2013 pour sauver Bamako d’une avancée djihadiste avait permis au Mali de reprendre le contrôle du nord du pays. Pourtant, les années suivantes n’ont pas confirmé ce succès initial. La frustration grandissante a conduit à des coups d’État, au départ des troupes françaises et à leur remplacement par des mercenaires russes. Quatre ans plus tard, force est de constater l’échec de cette approche, au détriment des populations locales.

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