31 mai 2026

Africa Solidaire

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Mali : une alliance inattendue entre touaregs et djihadistes ébranle la junte

Mali : une alliance inattendue entre Touaregs et djihadistes ébranle la junte

Une attaque d’une envergure sans précédent a secoué le Mali le week-end dernier. Des groupes armés, combinant forces touarègues et djihadistes affiliés à Al-Qaïda, ont lancé des offensives simultanées dans sept villes stratégiques du pays. Cette coalition, inédite par son ampleur, a mis à mal les positions de la junte militaire et de ses alliés russes, révélant une fragilité alarmante du pouvoir en place.

Une offensive d’une ampleur historique

Selon les déclarations du chef d’état-major Oumar Diarra, les assauts coordonnés ont débuté dès 5h30 du matin, ciblant simultanément Bamako et sa banlieue de Kati, Konna, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal. La ville de Kidal, bastion stratégique du Nord, est tombée aux mains des insurgés après des combats d’une intensité rare. Les attaquants ont employé des tactiques variées : véhicules piégés, engins explosifs improvisés, drones kamikazes, ainsi que des tirs de mortiers et des attaques directes contre des infrastructures militaires et civiles.

Les pertes humaines sont déjà lourdes : 16 blessés parmi les civils et les militaires, et le décès tragique du ministre de la Défense Sadio Camara, dont la résidence à Kati a été la cible d’un attentat-suicide. Plusieurs membres de sa famille, dont deux de ses enfants, ont également péri dans l’attaque. Assimi Goïta, président de la junte, a été évacué en urgence de Kati, symbole de la vulnérabilité du pouvoir.

Un retrait stratégique des forces russes

Le Corps d’armée russe pour l’Afrique, successeur du groupe Wagner, a annoncé un retrait partiel de Kidal, justifié par une décision conjointe avec les autorités maliennes. Cette manœuvre, présentée comme un redéploiement tactique, intervient après des affrontements particulièrement meurtriers. Les Russes affirment avoir neutralisé plus de 1 000 djihadistes et détruit plus de 100 véhicules, tout en reconnaissant des pertes dans leurs rangs.

Les déclarations du Corps d’Afrique évoquent une tentative de coup d’État orchestrée par une coalition regroupant le Front de libération de l’Azawad (FLA) et des éléments djihadistes, avec le soutien présumé de mercenaires ukrainiens. Kiev dément catégoriquement ces allégations, dénonçant une accusation « hâtive et sans preuves ».

Une alliance tactique entre ennemis idéologiques

Cette offensive marque un tournant dans le conflit malien, officialisant une collaboration improbable entre les Touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Bien que leurs objectifs diffèrent — autonomie pour les Touaregs, instauration d’un État islamique pour les djihadistes — leur union répond à une nécessité tactique face à un ennemi commun : la junte de Bamako et les mercenaires russes.

Les accords d’Alger, signés en 2015 pour mettre fin à la rébellion touarègue, sont officiellement rompus depuis fin 2023. Depuis, les rebelles ont cherché des alliances alternatives, menant à ce rapprochement avec les groupes djihadistes. En mai 2024, un accord de non-agression avait déjà été signé entre le Cadre stratégique pour la défense du peuple de l’Azawad (CSP-DPA) et le JNIM.

Un soutien ukrainien suspecté

Plusieurs analystes soulignent l’implication possible des services de renseignement ukrainiens dans la formation et la coordination des rebelles touaregs. Des tactiques similaires à celles utilisées par l’Ukraine contre la Russie, comme les drones kamikazes ou les véhicules gonflables, ont été observées lors des attaques. Le Mali a rompu ses relations diplomatiques avec l’Ukraine en réaction à ces soupçons.

L’objectif présumé de Kiev serait de détourner des ressources russes vers l’Afrique, forçant Moscou à disperser ses forces. Cependant, l’Ukraine dément toute implication directe dans le soutien à des groupes classés comme terroristes.

Un bilan humain et politique lourd

Outre Sadio Camara, le chef de l’Agence nationale de sûreté de l’État, Modibo Koné, a été grièvement blessé. La junte, déjà fragilisée par deux coups d’État en 2020 et 2021, voit sa légitimité encore érodée. Assimi Goïta, figure centrale de la transition, doit désormais faire face à une crise sans précédent, avec des pertes politiques et militaires majeures.

Un couvre-feu de 72 heures a été instauré à Bamako, tandis que l’aéroport international Modibo Keïta reste fermé. Les autorités maliennes assurent que la situation est « sous contrôle », mais les observateurs internationaux s’interrogent sur la capacité de la junte à résister à cette tempête.

Perspectives : vers une guerre prolongée ?

Cette offensive coordonnée révèle les failles d’un système sécuritaire déjà mis à mal par des années de conflits et de coups d’État. L’alliance entre Touaregs et djihadistes, bien que tactique, pourrait se révéler durable, transformant le paysage géopolitique du Sahel. Pour la junte de Bamako, l’enjeu est désormais de survivre à cette crise existentielle, tandis que les populations maliennes subissent les conséquences d’un conflit qui s’intensifie.

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