4 août 2026

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Marguerite Gnakadé : une grève de la faim derrière les barreaux au Togo

Depuis le 27 juillet 2026, Marguerite Gnakadé, ancienne ministre des Armées du Togo, refuse toute nourriture pour dénoncer les conditions de détention qu’elle endure. Plus de onze mois après son incarcération pour avoir critiqué publiquement la gouvernance de Faure Gnassingbé, son geste incarne aujourd’hui l’ampleur de la répression qui touche une soixantaine de détenus politiques togolais.

Le 30 août 2025, alors que les rues de Lomé s’embrasent sous les mouvements de protestation contre la hausse du coût de la vie et la réforme constitutionnelle transformant le Togo en régime parlementaire, Marguerite Gnakadé s’affiche aux côtés des manifestants. Première femme à avoir dirigé le ministère des Armées entre 2020 et 2022, elle est rapidement identifiée par les forces de l’ordre et brièvement reconduite à son domicile. Son erreur ? Avoir osé remettre en cause la légitimité de Faure Gnassingbé à diriger le pays. Quelques semaines plus tard, le 17 septembre 2025, elle est arrêtée.

De l’exercice du pouvoir à la contestation politique

Marguerite Gnakadé n’était pas une inconnue du grand public avant son incarcération. Nommée à la tête du ministère des Armées en octobre 2020 sans expérience militaire préalable, elle était aussi l’épouse d’Ernest Gnassingbé, frère décédé du président. Pourtant, cette proximité avec le pouvoir ne l’a pas protégée lorsque, face à la crise politique et sociale, elle a choisi de rejoindre les rangs de l’opposition plutôt que de les combattre.

« Nous engageons cette grève non par désespoir, mais par conviction. Quand la justice se tait, nos corps deviennent notre dernier recours. »
Déclaration collective de détenus politiques engagés dans une grève de la faim, novembre 2025

Des conditions de détention qui poussent à l’extrême

Son geste n’est pas isolé. Depuis un an, la grève de la faim s’impose comme l’un des rares moyens de pression pour les prisonniers politiques togolais. En novembre 2025, trente-sept détenus avaient déjà entamé ce mouvement. En décembre, Grâce Koumayi, militante, et Abdoul Aziz Goma, binational, avaient tenu cinquante jours sans s’alimenter à la prison civile de Lomé, forçant les autorités pénitentiaires à réagir. Plusieurs organisations de défense des droits humains exigent désormais un accès immédiat aux soins pour tous les détenus en grève.

Trois destins, un même combat pour la liberté

Le nom de Marguerite Gnakadé est souvent cité aux côtés de ceux de Kpatcha Gnassingbé et du général Félix Kadanga, deux autres figures autrefois proches du pouvoir. Leurs parcours, cependant, diffèrent. Kpatcha Gnassingbé, demi-frère de Faure Gnassingbé et ancien ministre de la Défense, a purgé seize ans de prison pour tentative de coup d’État avant d’être libéré fin décembre 2025 dans le cadre d’une grâce présidentielle massive. Le général Félix Kadanga, ancien chef d’état-major des armées, purge depuis 2023 une peine de vingt ans pour complicité dans l’assassinat d’un officier.

À ce jour, Marguerite Gnakadé reste la seule des trois encore détenue pour un motif directement lié à l’expression d’une opinion politique.

Une réforme constitutionnelle au cœur des tensions

Depuis l’adoption, en mars 2024, d’une nouvelle Constitution instaurant un régime parlementaire, Faure Gnassingbé occupe le poste de président du Conseil des ministres, sans limite de mandat. L’opposition dénonce cette réforme comme un « coup d’État constitutionnel », alimentant un mouvement de contestation porté par la jeunesse togolaise en 2025. Une répression violente a suivi, entraînant des centaines d’arrestations, dont celle de nombreux détenus qualifiés d’« opinion » aujourd’hui encore derrière les barreaux.

Fin décembre 2025, une grâce présidentielle a permis la libération de 1 511 détenus, perçue comme un signe d’apaisement. Pourtant, selon les estimations de la société civile togolaise, près de soixante-dix prisonniers politiques restent incarcérés.

Les ONG unissent leurs voix pour réclamer la libération

Le collectif « Touche pas à ma Constitution » et plusieurs partis d’opposition maintiennent la pression pour la libération des détenus politiques togolais. Les associations rappellent qu’au moins neuf prisonniers seraient morts en détention depuis le début de la répression, tandis que d’autres portent les séquelles de traitements inhumains. Elles exigent la libération immédiate et sans condition de tous les détenus d’opinion, ainsi qu’un accès inconditionnel aux soins pour les grévistes de la faim comme Marguerite Gnakadé, dont la santé se dégrade inexorablement après onze mois d’incarcération.

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