14 juillet 2026

Africa Solidaire

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Maroc : la taxonomie verte pour une économie décarbonée et compétitive

Le Maroc franchit une étape décisive dans l’édification d’une économie respectueuse du climat. Cinq institutions majeures — le ministère de l’Économie et des Finances, Bank Al-Maghrib, l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) ainsi que le ministère de la Transition énergétique — ont soumis à consultation publique un projet de taxonomie financière verte. Ce référentiel vise à créer un cadre commun pour identifier sans ambiguïté les activités économiques alignées sur les ambitions climatiques nationales.

Un cadre strict pour des investissements durables

Cette taxonomie se positionne comme l’outil de référence pour les banques, investisseurs, assureurs et entreprises. Son objectif ? Permettre une évaluation objective des investissements en matière de durabilité, réduire les risques liés à la transition énergétique et orienter les flux financiers vers les secteurs les plus vertueux. Basée sur des critères scientifiques et techniques harmonisés, elle garantit une transparence accrue sur le marché et limite les risques de qualification abusive des projets dits « verts ».

Chaque secteur économique devra répondre à des exigences précises : contribuer de manière substantielle aux objectifs environnementaux, respecter le principe de « non-préjudice significatif » envers d’autres cibles climatiques et garantir des standards sociaux minimaux. Cette approche marque un tournant dans la régulation financière, car la qualification d’un investissement vert ne dépendra plus d’une simple déclaration, mais de données vérifiables et mesurables.

Des secteurs prioritaires et des objectifs chiffrés

Le Maroc a choisi de cibler en priorité les secteurs de l’énergie, du transport et de l’industrie, responsables d’une part majeure des émissions nationales de gaz à effet de serre. Ces domaines concentrent à la fois les plus gros défis et les opportunités d’investissement pour la transition énergétique.

Parmi les mesures phares :

  • Les projets solaires et éoliens sont automatiquement considérés comme alignés sur la transition verte.
  • Un seuil maximal de 100 grammes de CO₂ équivalent par kilowattheure est fixé pour qualifier une production électrique comme bas carbone.
  • Une trajectoire de réduction de l’intensité carbone du système électrique marocain est tracée : elle prévoit de passer de 428 gCO₂e/kWh en 2026 à seulement 16 gCO₂e/kWh en 2050.

Ces mesures fournissent aux investisseurs un cadre clair et prévisible pour anticiper les évolutions du secteur énergétique et adapter leurs stratégies.

Une transition progressive, mais encadrée

Contrairement à une approche radicale qui opposerait les activités vertes aux autres, le Maroc mise sur une transition graduelle. Certaines infrastructures existantes pourront bénéficier de financements de transition, à condition de présenter un plan crédible de réduction progressive de leurs émissions. Cela peut passer par des gains d’efficacité énergétique, le remplacement des combustibles fossiles ou l’adoption de technologies de captage du carbone.

Le dispositif inclut également des mécanismes de contrôle stricts pour éviter les doubles comptages, comme la traçabilité de l’électricité, les contrats d’achat d’énergie ou les certificats associés. En revanche, les activités jugées incompatibles avec les objectifs climatiques seront clairement identifiées et exclues du périmètre de la finance verte.

Une extension à l’industrie pour renforcer la compétitivité

La taxonomie ne se limite pas à l’énergie. Les industries du ciment, de l’acier, de l’aluminium, des engrais phosphatés et plusieurs branches manufacturières sont également concernées. Cette inclusion reflète une évolution majeure : les entreprises marocaines devront prouver leur capacité à réduire leurs émissions, améliorer leur efficacité énergétique et renforcer la transparence de leurs processus pour accéder aux nouveaux financements durables.

Cette transformation s’inscrit dans un contexte où les exigences environnementales deviennent un critère clé de compétitivité sur les marchés internationaux, influençant directement le coût du capital.

Un levier stratégique pour l’économie nationale

Cette taxonomie s’inscrit dans une vision globale portée par le Royaume. Elle s’articule avec la Stratégie de développement de la finance climat à horizon 2030, la Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0) et la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) à horizon 2050. Cette cohérence explique la mobilisation conjointe des institutions financières et économiques du pays.

La finance climatique n’est plus perçue comme une simple politique environnementale, mais comme un levier de stabilité financière, d’allocation optimale des capitaux et de modernisation du modèle productif. Ses impacts sont attendus sur le crédit bancaire, les émissions obligataires, les produits d’assurance, la gestion d’actifs et les stratégies d’investissement des entreprises publiques et privées.

La consultation publique, ouverte jusqu’au 31 juillet 2026, constitue une étape clé avant l’adoption définitive du dispositif. Les autorités sollicitent les retours des acteurs financiers sur les critères techniques, les modalités de déploiement progressif et les besoins d’accompagnement des différents secteurs économiques.

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