15 septembre 2026

Africa Solidaire

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Niger : à Niamey, la sécurité du régime ; dans les villages, la peur sans réponse

Une promesse de sécurité qui ne franchit pas les portes de la capitale

Trois ans après le coup d’État de juillet 2023, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) continue de présenter son arrivée au pouvoir comme une rupture décisive. Les autorités avaient alors promis de reprendre le contrôle du territoire, de restaurer la sécurité et de rendre au Niger sa souveraineté. Pourtant, dans les régions régulièrement frappées par les groupes armés, une tout autre réalité persiste : celle de populations qui vivent dans la peur, l’incertitude et parfois le sentiment d’être abandonnées.

Niamey sous haute protection, les périphéries sous pression

Depuis le coup d’État, la sécurité du régime est devenue une priorité absolue. Les signes de méfiance au sein de l’appareil militaire, les remaniements dans la hiérarchie et la multiplication des dispositifs de contrôle traduisent un pouvoir avant tout préoccupé par sa propre stabilité. Pendant ce temps, loin du centre politique, les populations restent confrontées à une insécurité qui tue, déplace, ferme des écoles et détruit l’économie locale. Deux réalités semblent coexister : un pouvoir concentré sur sa survie et des citoyens qui attendent encore que la promesse de protection se traduise dans leur quotidien.

Le prix de la guerre pour les communautés exposées

Derrière chaque communiqué militaire, il existe une réalité que les chiffres officiels racontent rarement dans toute sa dimension. Il y a les familles qui quittent leurs villages, les agriculteurs qui hésitent à rejoindre leurs champs, les commerçants dont les activités sont paralysées, les enfants dont la scolarité est perturbée, et des communautés entières qui vivent dans l’attente de la prochaine attaque. C’est précisément dans ces territoires que devrait se mesurer la réussite ou l’échec de la transition, et non uniquement dans les cérémonies officielles ou les discours sur la souveraineté.

Un pouvoir qui communique plus qu’il ne se confronte au terrain

Le CNSP a bâti une part importante de son image sur la rupture avec l’ancien système : nouveaux partenaires, nouveau discours diplomatique, dénonciation des influences étrangères. Mais la communication ne remplace pas une présence. Un État peut annoncer des victoires, dénoncer ses adversaires et mobiliser le vocabulaire du patriotisme. La question demeure : les populations se sentent-elles réellement davantage protégées ? La souveraineté ne se mesure pas uniquement au nombre de partenaires étrangers que l’on chasse ou que l’on accueille. Elle se mesure aussi à la capacité d’un État à contrôler son territoire et à protéger ses citoyens, particulièrement ceux qui vivent dans les zones les plus vulnérables.

Le silence du terrain face à l’écho des discours

La question qui se pose aujourd’hui au Niger dépasse la seule personne du général Abdourahamane Tiani. Elle concerne tout un système de gouvernance. Peut-on continuer à justifier une prise de pouvoir par l’échec sécuritaire de l’ancien régime sans accepter, trois ans plus tard, d’être soi-même jugé sur le même terrain ? Peut-on revendiquer une proximité avec le peuple tout en laissant les populations des zones les plus exposées attendre une présence plus visible de l’État ? Le véritable patriotisme ne se mesure pas à la puissance d’un discours. Il se mesure aussi à la capacité d’un dirigeant à regarder la souffrance de son peuple en face, à se rendre là où l’État est attendu et à assumer les échecs comme les victoires.

Le véritable test de la transition

Au Niger, le pouvoir continue de parler de souveraineté, de sécurité et de rupture. Mais dans les zones où les attaques continuent de frapper, une autre réalité impose ses propres questions. Un régime peut-il se présenter comme le sauveur d’un peuple sans aller à la rencontre de ceux qui vivent au quotidien les conséquences de l’insécurité ? C’est peut-être là que se trouve le véritable bilan de la transition. Pas dans les slogans, pas dans les cérémonies, pas dans les déclarations télévisées, mais sur ces routes, dans ces villages et auprès de ces familles qui, lorsque les attaques surviennent, attendent encore de savoir si l’État viendra réellement jusqu’à elles. Car gouverner un pays en guerre ne consiste pas seulement à protéger le pouvoir. Cela consiste d’abord à ne pas laisser le peuple seul face à la guerre.

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