31 mai 2026

Africa Solidaire

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Niger : l’attaque de l’aéroport de Niamey confirme la menace djihadiste et l’influence russe

Une attaque inédite ciblant le cœur stratégique de Niamey

Dans la nuit du 28 au 29 janvier, la capitale nigérienne a été secouée par des échanges de tirs intenses autour de l’aéroport international Diori Hamani. Cet événement, rare au Niger, a été revendiqué par l’État islamique au Sahel (EIS) deux jours plus tard via son organe de propagande AMAQ.

Selon les autorités locales, l’affrontement a duré environ soixante minutes avant d’être maîtrisé grâce à une réponse combinée air-sol. Le bilan officiel évoque vingt assaillants neutralisés, onze arrêtés et quatre militaires nigériens blessés. Moscou a par ailleurs confirmé l’implication de l’Africa Corps, unité militaire russe, aux côtés des forces nigériennes pour sécuriser le site.

L’État islamique au Sahel expose sa puissance médiatique

Le 2 février, l’EIS a diffusé une vidéo choc, présentée comme tournée pendant l’assaut. Les images, estampillées AMAQ, révèlent une colonne de plusieurs dizaines de combattants armés, certains à moto, évoluant dans la zone militaire de l’aéroport. Les images montrent des incendies éclater près des hangars et des dégâts sur deux avions légers ainsi qu’un hélicoptère, éléments clés de l’arsenal aérien nigérien.

Les clichés satellites post-attaque confirment des traces de brûlures près des pistes. La vidéo se poursuit vers la zone civile, où des appareils commerciaux des compagnies Asky et Air Côte d’Ivoire apparaissent endommagés. Les autorités nigériennes avaient précédemment signalé des dégâts sur trois avions civils, tandis que le ministère de la Défense évoquait des matériels inflammables, dont un stock de munitions, pris pour cible.

Niamey, nouvelle cible privilégiée des groupes armés

Si le Niger subit depuis dix ans les violences du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et de l’EIS dans l’ouest et le sud-est, les attaques visant directement la capitale restent exceptionnelles. Quelques jours avant l’assaut, le JNIM avait cependant revendiqué la destruction d’un véhicule militaire à l’est de Niamey, préfigurant une intensification des pressions autour du pouvoir central.

Cette escalade survient alors que Niamey a radicalement modifié ses alliances sécuritaires. Depuis le putsch du 26 juillet 2023, la junte nigérienne se tourne vers Moscou tout en s’éloignant de ses partenaires traditionnels. Après le départ des forces françaises fin 2023, les États-Unis ont également retiré la majorité de leur contingent militaire en 2024, tout en maintenant un dialogue diplomatique.

Diplomatie en ébullition : Niamey pointe du doigt plusieurs capitales

Le général Abdourahamane Tiani a accusé sans preuve la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire d’avoir « financé » l’attaque. Abidjan et Cotonou ont immédiatement réagi, la Côte d’Ivoire convoquant l’ambassadrice nigérienne pour dénoncer des propos « infondés et dangereux » menaçant les relations bilatérales.

Sur place, près de 300 soldats italiens de la Mission italienne de soutien au Niger (MISIN) sont déployés. Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a catégoriquement nié toute implication de ses troupes, insistant sur leur rôle strictement défensif.

Un enjeu stratégique majeur : l’aéroport, cible aux multiples facettes

L’aéroport de Niamey dépasse son rôle logistique : il abrite la base aérienne 101, un quartier général commun au Niger, au Mali et au Burkina Faso, et pourrait contenir un stock important de concentré d’uranium. Ce dernier, au cœur d’un différend avec le groupe français Orano, pourrait être cédé à la Russie, alors que Niamey cherche une solution pour son transport.

Malgré l’attaque, le trafic aérien a repris dès le lendemain. Dans les alentours, la vie a semblé reprendre son cours normal. Pourtant, cet événement marque un tournant : en ciblant le cœur militaire et logistique de la capitale, l’EIS a démontré sa capacité opérationnelle, tandis que la participation russe souligne le nouveau visage sécuritaire du Niger, avec le risque d’aggraver les tensions régionales.

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