31 mai 2026

Africa Solidaire

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Niger : droits humains en chute libre sous la junte militaire en 2025

Une détérioration alarmante des droits humains depuis le coup d’État de 2023

Depuis le renversement du gouvernement en juillet 2023, la junte militaire au Niger a intensifié sa répression contre toute forme d’opposition. Les opposants politiques, les journalistes, les syndicalistes et les défenseurs des droits humains subissent des détentions arbitraires. Parmi les détenus, l’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse, toujours incarcérés sans procès, occupent une place centrale dans cette crise. Les autorités ont également emprisonné d’anciens ministres, des membres de l’administration précédente et des activistes critiques envers le régime.

En mars 2025, le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte, a été investi président de transition pour cinq ans sans élection, consolidant ainsi son pouvoir. Cette prise de fonction s’accompagne d’une abolition du multipartisme, réduisant drastiquement l’espace démocratique. Par ailleurs, le Niger a quitté la CEDEAO en janvier 2025, suivi par le Mali et le Burkina Faso, limitant les recours juridiques pour ses citoyens. En septembre, ces trois pays ont annoncé leur retrait de la CPI, mettant en péril l’accès à la justice pour les victimes de crimes graves.

En août 2025, la junte a lancé « Garkuwar Kassa » (« Boucliers de la Patrie »), une milice civile chargée de soutenir les forces armées. Cette initiative soulève des craintes de violations supplémentaires des droits humains, les milices étant souvent associées à des abus contre les populations locales.

Violences jihadistes : une menace grandissante pour les civils au Niger

Le Niger fait face à une insurrection jihadiste qui s’étend depuis le nord du Mali depuis 2012. Les groupes armés comme l’État islamique au Sahel (EIS), le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen, JNIM) lié à Al-Qaïda, ainsi que Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO), multiplient les attaques dans les régions de Tillabéri et du sud-est.

En 2025, l’EIS a intensifié ses exactions contre les populations locales. Entre mars et juin, plusieurs attaques ont fait des centaines de morts parmi les civils, souvent accusés de collaborer avec l’armée nigérienne ou de ne pas payer la zakat (impôt islamique).

  • 21 mars 2025 : Une attaque contre une mosquée à Fambita (Tillabéri) a coûté la vie à 46 fidèles, dont trois enfants. Les assaillants ont également pillé et incendié des maisons et des commerces.
  • 13 mai 2025 : À Dani Fari (Tillabéri), cinq hommes et deux enfants ont été exécutés, et une dizaine de maisons détruites.
  • 21 juin 2025 : Une mosquée à Manda (Tillabéri) a été la cible d’une attaque faisant plus de 70 morts, dont cinq enfants. Les maisons des villageois ont été pillées et brûlées.
  • 20 juin 2025 : Le chef d’Abarkaize, âgé de 67 ans, a été exécuté. Trois jours plus tard, cinq hommes ont été enlevés et retrouvés morts, la gorge tranchée.
  • 23 juin 2025 : Six civils ont été tués à Ezzak (Tillabéri), et leurs biens pillés.

Les survivants dénoncent l’inaction de l’armée nigérienne, qui n’a pas protégé les villages malgré les avertissements répétés des risques d’attaques.

Oppression politique et judiciaire : l’étau se resserre sur la dissidence

L’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse sont détenus depuis juillet 2023 sans accès à leur famille ou à leurs avocats. En 2024, son immunité présidentielle a été levée dans des conditions jugées irrégulières par les normes internationales. En février 2025, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a qualifié leur détention d’arbitraire et exigé leur libération immédiate. Malgré cela, aucun procès n’a été engagé à ce jour.

La junte a également arrêté des dizaines de responsables du gouvernement renversé, des militaires et des proches de Bazoum, souvent sans respect des droits à un procès équitable. En avril 2025, une libération partielle a concerné une cinquantaine de détenus, mais d’autres, comme l’activiste Moussa Tiangari, restent emprisonnés. Ce dernier, arrêté en décembre 2024, a été inculpé pour « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste » et « complot contre l’autorité de l’État », des chefs d’accusation passibles de la peine de mort. Sa détention provisoire se poursuit sans audience judiciaire, malgré les appels de ses avocats et de la communauté internationale.

Censure et restrictions : la liberté d’expression en danger au Niger

Depuis le coup d’État, la junte a considérablement restreint la liberté de la presse. Les journalistes subissent harcèlements, arrestations arbitraires et autocensure par crainte de représailles. En janvier 2025, la chaîne privée Canal 3 TV a été suspendue pendant 30 jours pour avoir critiqué des ministres, et son rédacteur en chef, Seyni Amadou, a vu sa carte de presse révoquée avant que la suspension ne soit finalement levée.

Les autorités ont également expulsé le Comité international de la Croix-Rouge du pays en février 2025 sans explication, privant les populations vulnérables d’aide humanitaire. En mai, trois journalistes de la radio Sahara FM à Agadez ont été arrêtés pour avoir relayé des informations sur la coopération sécuritaire entre le Niger, la Russie et la Turquie. Malgré une libération ordonnée par un juge, ils ont été de nouveau arrêtés et restent détenus.

En août 2025, le ministre de l’Intérieur, le général Mohamed Toumba, a dissous quatre syndicats du secteur judiciaire, invoquant des « dérives » et des « intérêts personnels ». Cette décision a été condamnée par l’Union des Syndicats des Travailleurs du Niger et le barreau nigérien, qui dénoncent une atteinte aux droits fondamentaux et ont organisé une grève générale en protestation.

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