Pierre mabé, le visionnaire camerounais à l’origine de radio Tchad
Pierre Mabé, l’homme qui a façonné l’histoire de la radio au Tchad
Dans les premières années suivant l’indépendance du Tchad, le pays cherchait à s’affirmer sur la scène médiatique africaine. Sous l’impulsion du président François Tombalbaye, une ancienne structure de communication coloniale, basée à Fort Lamy, allait connaître une transformation majeure pour devenir Radio Tchad, un média destiné à porter la voix d’un pays en pleine construction nationale.
Un projet ambitieux pour un Tchad indépendant
Dans le contexte postcolonial des années 1960, le Tchad, fraîchement indépendant, cherchait à affirmer sa souveraineté médiatique. Le président François Tombalbaye souhaitait moderniser l’ancienne station de communication de la France-Libre, située à Fort Lamy, pour en faire un outil de développement national. Cette ambition allait donner naissance à Radio Tchad, un média destiné à servir de caisse de résonance aux ambitions du jeune État africain.
Pierre Mabé, l’expert camerounais choisi pour relever le défi
Lors d’un déplacement en France, Tombalbaye se rend au Pavillon de La Muette, en lisière de la forêt de Saint-Germain-en-Laye, où siège la Société de Radiovision d’Outre-Mer (SORAFOM). C’est là qu’il formule sa demande : « Il me faut un excellent journaliste pour lancer Radio Tchad. »
Pierre Shaefflert, un ingénieur du son réputé pour ses innovations dans la diffusion musicale, lui recommande alors un candidat hors du commun : Pierre Mabè Gwet. Cet homme élégant, au parcours impressionnant, était originaire du Cameroun. Après avoir suivi une formation d’animateur à l’École Studio en 1956-1957, puis un perfectionnement entre 1960 et 1961, il s’était imposé comme un spécialiste de la coopération française.
Le fondateur d’une nouvelle ère radiophonique
Pierre Mabé a joué un rôle clé dans le transfert de la vieille station de Fort Lamy vers son emplacement actuel à N’Djamena. Il a également formé la première génération de journalistes tchadiens, insufflant une dynamique nouvelle dans le paysage médiatique local. Son influence s’étendait bien au-delà des studios : il a inspiré des vocations chez de jeunes talents comme Garambaye Adoum Saleh ou Saleh Kedzabo, qui allait devenir une figure majeure de la presse panafricaine.
Un conseiller présidentiel éclairé
Reconnu pour son style littéraire raffiné et sa culture encyclopédique, Pierre Mabé s’appuyait sur une vision panafricaine inspirée des penseurs trinidadiens et sur une expertise géopolitique acquise à Sciences Po Paris. Tombalbaye, séduit par ses compétences, en a fait son sherpa, chargé de rédiger ses discours les plus marquants, notamment lors de son virage panafricaniste et de sa promotion de l’authenticité africaine.
Un destin lié aux turbulences politiques
Lorsque Tombalbaye est renversé par un coup d’État, Pierre Mabé quitte rapidement le Tchad pour se réfugier à Kousseri, au Cameroun. Il échappe ainsi à la tragédie qui coûte la vie au président. Son histoire illustre le parcours de cette génération de pionniers qui ont marqué l’audiovisuel africain, aux côtés de figures comme Georges Rawiri au Gabon ou Pierre Mouasso Priso au Cameroun.
Des précurseurs au service de l’Afrique
Pierre Mabé incarne cette génération exceptionnelle de visionnaires qui ont posé les bases des médias modernes en Afrique. Son héritage perdure à travers les institutions qu’il a contribué à créer, tout comme celui de ses pairs : Toufic à Bangui, ou encore Sylvain Zogbo en Côte d’Ivoire, qui ont chacun joué un rôle décisif dans la fondation des médias de leur pays.