Procès norbert zongo : un nouveau recul pour la justice au Burkina Faso
procès norbert zongo : un nouveau recul pour la justice au Burkina Faso

La quête de justice pour l’assassinat de Norbert Zongo, journaliste burkinabè de renom, et de ses trois compagnons en 1998, vient de subir un nouveau contretemps au Burkina Faso. Un pourvoi en cassation déposé par l’avocat de l’un des accusés a suspendu l’avancée du dossier, malgré la confirmation récente du renvoi devant les assises.
Une manœuvre procédurale qui relance les débats
Le 31 juillet 2026, Me Paul Kéré, avocat de Yaro Banagoulo, a introduit un pourvoi en cassation contre l’arrêt rendu la veille par la chambre de l’instruction. Cette décision, rendue publique le 13 août 2026, intervient alors que la perspective d’un procès semblait enfin se dessiner pour une affaire qui dure depuis près de trois décennies.
Le procureur général de la Cour d’appel de Ouagadougou a rappelé que la chambre de l’instruction avait, le 30 juillet 2026, confirmé le renvoi de trois mis en examen devant une juridiction de jugement. Ces derniers sont :
- Wanga Christophe Combasséré, poursuivi pour assassinat et destruction volontaire aggravée de biens ;
- Yaro Banagoulo, accusé de complicité d’assassinat et de destruction volontaire aggravée de biens ;
- Paul François Compaoré, mis en cause pour incitation à la commission d’un assassinat.
Ce recours juridique ouvre une nouvelle phase procédurale, repoussant ainsi l’échéance du procès dans l’attente de l’examen par la Cour de cassation. Pourtant, les autorités judiciaires assurent vouloir garantir une issue diligente du dossier « dans le respect des principes et règles qui régissent la procédure ».
Une affaire aux enjeux politiques et médiatiques majeurs
L’assassinat de Norbert Zongo, directeur de publication de l’hebdomadaire L’Indépendant, et de ses trois compagnons (Ernest Zongo, son frère, Abdoulaye Nikiéma, dit Ablassé, son chauffeur, et Blaise Ilboudo, son collaborateur) remonte au 13 décembre 1998. Leur véhicule, retrouvé incendié sur la route de Sapouy, à une centaine de kilomètres au sud de la capitale, avait marqué un tournant dans l’histoire du pays.
À l’époque, Norbert Zongo enquêtait sur la mort suspecte de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré, frère du président de l’époque, Blaise Compaoré. Cette affaire avait révélé des tensions politiques profondes, faisant de ce crime un symbole de la lutte contre l’impunité au Burkina Faso et un enjeu central pour la liberté de la presse dans le pays.
L’affaire avait connu des rebondissements majeurs. En 2006, un non-lieu avait été confirmé, provoquant l’indignation de la famille de la victime, des défenseurs des droits humains et d’une partie de la société civile burkinabè. Le dossier n’a repris son cours qu’après la condamnation du Burkina Faso par la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples en mars 2014. La juridiction panafricaine avait pointé du doigt les lenteurs et les lacunes de la justice nationale, exigeant la reprise des investigations en juin 2015.
Un symbole persistant de la lutte contre l’impunité
Plus de 27 ans après les faits, l’affaire Norbert Zongo reste l’un des dossiers judiciaires les plus emblématiques du Burkina Faso. Elle incarne à elle seule les défis de la justice transitionnelle, de la transparence et de la protection des journalistes dans la sous-région.
Alors que le pays continue de faire face à des crises sécuritaires et politiques, la question de l’impunité dans cette affaire résonne comme un rappel des combats inachevés pour une gouvernance juste et responsable. La société civile burkinabè, les organisations de défense des droits humains et les médias locaux maintiennent une pression constante pour que justice soit enfin rendue.