31 mai 2026

Africa Solidaire

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Réduction des tarifs médicaux au Burkina Faso : l’accès aux soins enfin démocratisé

des coûts prohibitifs à une santé accessible : le tournant du Burkina Faso

Pendant des années, l’accès aux soins au Burkina Faso était réservé à une infime partie de la population. Les examens médicaux et les traitements spécialisés, comme la dialyse, représentaient un fardeau financier insoutenable pour des milliers de familles. Depuis mars 2024, une réforme audacieuse a bouleversé cette réalité, rendant les soins vitaux plus accessibles. Zoom sur une avancée majeure pour la santé publique.

la fin des barrières financières : une réforme historique

Les hôpitaux burkinabè, autrefois submergés par des files d’attente interminables et des patients désespérés, voient désormais une lueur d’espoir. Grâce à une baisse significative des tarifs de plusieurs examens médicaux et à la suppression de la caution préalable pour la dialyse dans les structures publiques, l’accès aux soins est en train de changer. Une mesure concrète qui répond à une urgence : donner à chacun le droit de se soigner.

Madi Diallo, un résident de Ouagadougou, en témoigne avec émotion : « Il y a trois ans, ma sœur avait besoin d’une dialyse en urgence. Le centre exigeait une caution de 500 000 F CFA, une somme que nous ne pouvions pas réunir. Elle a succombé faute de soins. Aujourd’hui, cette caution n’existe plus. C’est une mesure juste, mais pour nous, elle arrive trop tard. »

des tarifs revus à la baisse : un soulagement pour les patients

Le ministre de la Santé, le Dr Robert Lucien Jean Claude Kargougou, a détaillé les nouvelles mesures lors du Conseil des ministres du 13 mars 2024. Les résultats sont spectaculaires :

  • Le scanner, autrefois facturé 50 000 F CFA, est désormais accessible à 25 000 F CFA.
  • Le coût de l’IRM a été réduit de 100 000 à 40 000 F CFA.
  • La caution de 500 000 F CFA pour la dialyse a été purement et simplement supprimée.

Ces ajustements tarifaires visent à lever les obstacles financiers qui limitaient l’accès aux examens de diagnostic et aux soins spécialisés, en particulier pour les populations les plus vulnérables. Une avancée saluée par les citoyens, qui voient enfin la santé devenir un droit et non un privilège.

une réforme qui porte ses fruits sur le terrain

Quelques mois après son entrée en vigueur, la réforme se vérifie dans les centres hospitaliers publics. Au Centre hospitalier universitaire de Bogodogo, par exemple, les patients bénéficient désormais de tarifs réduits. Dame Ouédraogo, venue passer une IRM pelvienne, confirme : « Le coût est devenu très abordable. J’ai payé 40 000 F CFA, produits compris, alors qu’ailleurs l’examen peut atteindre 150 000 F CFA, voire plus. » Une économie de plus de 100 000 F CFA qui lui permet de mieux gérer ses dépenses et de participer à ses activités sociales, comme les tontines.

Le directeur général du CHU de Bogodogo, Seydou Nombré, souligne : « Le tarif de l’IRM est désormais fixé à 40 000 F CFA. Mais surtout, la caution de 500 000 F CFA a été supprimée. Le patient n’a plus aucune avance à verser. Pour la dialyse d’urgence, le coût est désormais de 2 500 F CFA. »

une avancée qui dépasse la capitale

La réforme ne se limite pas à Ouagadougou. Dans la région de l’Oubritenga, au Centre hospitalier régional de Ziniaré, les nouveaux tarifs sont également appliqués. Le directeur général, Mady Zorné, se réjouit : « Depuis la mise en œuvre de la mesure, les évacuations vers la capitale ont fortement diminué. Les praticiens disposent désormais des examens d’imagerie nécessaires pour poser leurs diagnostics. Cette accessibilité améliore l’efficacité de l’ensemble de la chaîne de soins. »

À Bobo-Dioulasso, au Centre hospitalier universitaire Sourou Sanou, Élie Ouattara partage son soulagement : « Je suis venu acheter des compresses et quelques produits, mais les prix sont vraiment abordables. C’est un vrai soulagement pour nous. » Cette baisse des coûts profite à tous, y compris aux examens coûteux et aux dépenses imprévues.

des défis persistants malgré les progrès

Si la réforme a déjà permis à 16 patients d’intégrer le centre de dialyse sans avancer la caution de 500 000 F CFA, les défis restent nombreux. Le nombre limité de machines ne permet pas d’absorber la demande, et les listes d’attente restent longues. Tuina Nsoma Hélène, majore du service de dialyse au CHU-YO, explique : « Un décès équivaut à une place libre pour un patient en attente. »

Elle ajoute : « Chaque fin de mois, les patients doivent faire le bilan de ce qu’ils peuvent se permettre. Cela reste une lourde charge. Nous espérons que l’État pourra également s’attaquer à cet aspect. »

Le Dr Hamidou Sawadogo, néphrologue au CHU Sourou Sanou, confirme l’application effective des nouvelles mesures, mais tempère leur impact sur la capacité d’accueil : « La majorité des patients étaient déjà suivis avant la réforme. Depuis l’entrée en vigueur de la gratuité, nous n’avons intégré que 17 nouveaux hémodialysés. » Il plaide pour un élargissement immédiat du centre, le recrutement urgent de personnel qualifié et l’équipement supplémentaire des salles de dialyse.

la dialyse : un espoir pour les patients chroniques

Pour Dame Sanou, née Traoré Salimata, atteinte d’insuffisance rénale depuis 2018, la suppression de la caution a été un véritable tournant. « La caution initiale de 500 000 F CFA constituait un obstacle majeur, que j’ai dû surmonter grâce à l’aide de mes proches. Aujourd’hui, voyant la contrainte financière levée grâce à la réforme, je salue l’action des autorités. Cette mesure symbolise la reconnaissance de la dignité des patients confrontés à une maladie chronique. »

Youl Sié, également atteint d’insuffisance rénale, se réjouit de la suppression de la caution, même s’il n’en bénéficie pas directement. Il plaide pour la décentralisation des centres de dialyse : « Nous souhaitons que les centres soient multipliés et proches de chaque communauté. Si chaque patient pouvait se soigner dans sa localité, ce serait un immense soulagement. » Il souligne l’impact social du déplacement forcé : « En étant malades, nous devons nous déplacer loin alors que nous sommes les piliers de nos familles. Cela complique l’éducation des enfants et leur suivi. »

l’imagerie médicale : une fréquentation en hausse

Au service de Scanner et d’IRM de l’Hôpital Universitaire Yalgado Ouédraogo, le Professeur Nina Astrid Ouédraogo constate une progression nette des examens. « Un an après la réforme, le nombre de scanners réalisés a augmenté de 38 %. Ces chiffres témoignent de l’attente et de la nécessité d’une telle réduction des coûts pour les patients. »

une avancée historique pour la santé publique

Malgré les défis persistants, la réforme marque un tournant décisif pour la santé au Burkina Faso. Les efforts des autorités pour garantir un accès minimal aux soins commencent à porter leurs fruits. Comme le souligne le proverbe local : « Petit à petit, l’oiseau fait son nid. »

La santé n’est plus un luxe au Burkina Faso. Elle devient peu à peu un droit, un pas à la fois, vers une nation où soigner ne sera plus jamais un privilège. Les nouvelles infrastructures, comme le Centre hospitalier universitaire de Pala, inauguré récemment, et les neuf autres CHU annoncés, confirment l’engagement des autorités à améliorer l’offre de soins sur l’ensemble du territoire.

Cette avancée, bien que partielle, offre un espoir concret à des milliers de Burkinabè. Elle rappelle que la santé est un pilier essentiel du développement social et économique, et que chaque pas compte dans la construction d’un avenir plus juste et plus équitable.

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