Réforme militaire au Mali : une nouvelle architecture pour sécuriser le territoire
Deux décennies après l’adoption de la première loi sur la Défense nationale, le Mali franchit une étape majeure avec une refonte complète de son architecture sécuritaire. Ce projet ambitieux, validé par le Conseil national de Transition, élargit le cadre initial à la sécurité intérieure, au cyberespace et à la gestion intégrée des crises. L’objectif ? Adapter le dispositif aux réalités contemporaines et renforcer la réactivité des forces en cas de menace.
Adopté en juillet 2026 par les 125 conseillers du CNT, ce texte doit remplacer la loi historique n°04-051 de novembre 2004, une fois promulgué et publié. Lors de sa présentation, le Général de division Daoud Aly Mohammedine, ministre de la Sécurité et de la Protection civile, a souligné l’urgence de cette révision. Plus de vingt ans après son entrée en vigueur, le contexte sécuritaire a profondément évolué, rendant indispensable une mise à jour des mécanismes de défense et de sécurité. Il a également mis en avant l’importance d’une approche collaborative, impliquant l’ensemble des acteurs concernés dès la phase préparatoire.
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La loi de 2004 ne se limitait pas aux seules forces armées. Elle encadrait déjà la sécurité intérieure, la défense civile ainsi que le rôle des collectivités locales, de la société civile et des citoyens. Dans ce dispositif, le Chef d’État-major général des Armées supervisait les opérations militaires et bénéficiait, en cas de crise majeure, d’une autorité renforcée sur certaines unités de sécurité.
Une sécurité repensée pour des menaces modernes
Cette réforme ne cherche pas à créer de nouvelles responsabilités, mais à les clarifier, les structurer et les adapter aux défis actuels. La sécurité intérieure et la protection du cyberespace deviennent désormais des piliers explicites de la stratégie nationale. Deux organes clés émergent : le Conseil de sécurité nationale et le Comité de défense nationale, qui remplacent les instances précédentes pour mieux orienter et coordonner l’action sous l’autorité directe du Chef de l’État.
L’unification du Commandement opérationnel autour du Chef d’État-major général des Armées est un autre pilier de cette réforme. Cette nouvelle organisation vise à accélérer les réponses en cas d’attaque, de crise majeure ou de menace transfrontalière, tout en évitant une militarisation permanente des autres forces (Police, Gendarmerie, Garde nationale, Protection civile).
Depuis 2022, la Police nationale et la Protection civile ont d’ailleurs adopté un statut militarisé, facilitant leur intégration dans un dispositif plus cohérent sans altérer leurs missions quotidiennes de sécurité publique et d’assistance aux populations.
Renforcer l’administration et impliquer les acteurs locaux
Daoud Aly Mohammedine a mis en lumière trois priorités lors de son intervention : moderniser l’Administration territoriale, associer les leaders traditionnels à la lutte antiterroriste et poursuivre le recrutement ainsi que l’équipement des forces. Ces mesures s’articulent avec le rôle accru confié au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, chargé de la défense civile, de la coordination des services déconcentrés et de la mobilisation citoyenne. L’enjeu ? Permettre aux communes de signaler les alertes sans transformer les habitants en auxiliaires des forces de l’ordre.
Cyberdéfense : un nouveau front pour la protection de l’État
L’extension au domaine numérique s’accompagne d’une réforme spécifique. En juin, le gouvernement a officialisé la création de l’Agence nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI), prévue par la Stratégie nationale de cybersécurité 2026–2030. Cette structure aura pour mission de coordonner la réponse aux cyberattaques et de protéger les infrastructures critiques. La cyberdéfense est désormais intégrée à la protection stratégique de l’État, tandis que la cybersécurité couvre un spectre plus large, incluant les administrations, les réseaux et les communications.
Par ailleurs, le programme DDR-I (Désarmement, Démobilisation et Réintégration) a déjà démontré l’importance de la coordination interinstitutionnelle. Le 4 août, 254 anciens combattants issus de divers groupes armés ont été intégrés aux Forces armées après une formation à Soufouroulaye. À terme, ce dispositif prévoit l’enrôlement de 2 000 ex-combattants et la réinsertion socio-économique de 1 000 autres. Bien que distincte de la loi sur l’architecture sécuritaire, cette initiative impose une collaboration étroite entre la Défense, la Sécurité, les instances de réconciliation et les autorités locales.
Une réforme évaluée sur le terrain
Le succès de cette refonte dépendra moins des textes que de leur application concrète. Les décrets d’application, le partage fluide des renseignements, les moyens alloués aux collectivités, les compétences en cyber, le suivi des nouveaux intégrés et la définition claire des responsabilités seront déterminants. Cette réforme trace une feuille de route ambitieuse, dont l’efficacité se mesurera à la rapidité des prises de décision, à la synergie sur le terrain et à la confiance mutuelle entre institutions, forces de sécurité et populations.