Réfugiés maliens en Mauritanie : entre espoir de retour et peur d’un nouveau départ
Au cœur de la région frontalière entre la Mauritanie et le Mali, près de Doueinkara, des familles de réfugiés maliens tentent de survivre dans l’incertitude. Mosso*, éleveur touareg de 57 ans, incarne cette quête de paix et de retour au foyer. Après avoir fui les violences qui déchirent son pays, il espère désormais un répit grâce aux récents bouleversements militaires au Mali.
Des espoirs nourris par les revers militaires au Mali
Les attaques d’envergure menées fin avril par les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) ont mis à mal la junte malienne. Parmi les victimes, le ministre de la Défense a trouvé la mort, marquant un tournant dans une guerre qui dure depuis le coup d’État de 2020. Pour Mosso, ces événements représentent une lueur d’espoir : « Si les mercenaires russes quittent le Mali, je pourrai enfin rentrer chez moi. »
Dans la localité de Fassala, en Mauritanie, les souvenirs des exactions commises par les paramilitaires russes, autrefois appelés « Wagner », restent vifs. Ces groupes, désormais intégrés à l’Africa Corps, ont longtemps soutenu l’armée malienne dans sa lutte contre les groupes armés. Mosso raconte avec douleur l’enlèvement d’hommes de son campement par des hommes blancs identifiés comme des Russes, ainsi que la mort de son frère, tué sous ses yeux par ces mêmes mercenaires il y a un an.
Des civils pris en étau entre belligérants
Les civils maliens, souvent accusés de collaboration avec l’un ou l’autre camp, subissent des représailles brutales. Les forces maliennes et leurs alliés russes, tout comme les groupes jihadistes, sont régulièrement pointés du doigt pour leurs violations des droits humains. Début avril, trois organisations de la société civile, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ont porté plainte devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples pour les exactions présumées commises au Mali.
Environ 300 000 Maliens ont trouvé refuge dans la région mauritanienne du Hodh Chargui depuis le début du conflit en 2012. Parmi eux, 120 000 sont accueillis dans le camp de Mbera, où les conditions de vie restent précaires. Ahmed*, un autre réfugié touareg de 35 ans, exprime son souhait de retourner au Mali, mais seulement si la paix revient. Il pointe du doigt la junte malienne, qu’il accuse d’avoir aggravé la crise en faisant appel aux mercenaires russes : « Wagner est responsable de tous nos malheurs. »
Une alliance controversée entre rebelles et jihadistes
Les récents succès militaires du FLA, notamment la reprise de Kidal, ont suscité des réactions mitigées parmi les réfugiés. Abdallah*, un Touareg de 77 ans, se montre sceptique face à cette alliance entre le FLA et le Jnim. Pour lui, cette union est une erreur stratégique : « Le Jnim est un mouvement terroriste. Leur idéologie ne correspond pas à notre vision de l’islam, pacifique et modéré. »
Depuis octobre 2025, les blocus imposés par les jihadistes du Jnim dans plusieurs localités maliennes ont provoqué un nouvel afflux de réfugiés en Mauritanie. Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), près de 14 000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, ont franchi la frontière pour échapper aux violences.
Mauritanie : un havre de stabilité sous pression
En Mauritanie, pays désertique de 5,5 millions d’habitants, la stabilité relative contraste avec l’instabilité chronique du Sahel. Pourtant, l’accueil de plus de 300 000 réfugiés maliens exerce une pression croissante sur les ressources locales. Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala, s’inquiète des tensions grandissantes : « Les pâturages, les points d’eau et les services de base, comme la santé, sont sous tension. »
Le porte-parole du HCR en Mauritanie, Omar Doukali, suit la situation avec une « vive inquiétude ». Les combats récents au Mali laissent craindre un nouvel afflux de réfugiés, dans une région déjà sous tension humanitaire.
Le FLA a annoncé son intention de conquérir les grandes villes du nord du Mali et de renverser la junte. Tilleli*, 22 ans, mère d’un enfant d’un an, a fui son village de Mopti (centre du Mali) il y a un mois, après que des Russes et l’armée malienne l’aient pillé et brûlé. Elle résume l’état d’esprit général : « Je ne rentrerai au Mali que lorsque les Wagner auront quitté le pays. Sans eux, aucune paix n’est possible. »