19 juin 2026

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Sénégal: la cohabitation inédite entre Faye et Sonko redessine l’avenir politique

Depuis leur accession au pouvoir en mars 2024, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, portés par le même projet de rupture du parti Pastef, traversent une période de tensions politiques sans précédent. Le limogeage de Sonko du poste de Premier ministre, suivi de son retour à l’Assemblée nationale et de son élection à la tête de l’institution parlementaire, a ouvert une nouvelle page dans l’histoire politique sénégalaise.

Cette situation confronte un président aux prérogatives constitutionnelles étendues à un leader politique bénéficiant d’une large majorité parlementaire. Le politiste Abdou Fattah Niane analyse les leviers de pouvoir de chacun et les facteurs qui pourraient déterminer l’évolution de ce rapport de force.

Les enseignements de la crise entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko

Cette crise révèle des difficultés dans l’exercice du pouvoir au Sénégal. Jusqu’à présent, le modèle sénégalais reposait sur un régime présidentialiste où le parti au pouvoir détenait également la majorité à l’Assemblée nationale. Aujourd’hui, une cohabitation de fait s’est installée, mettant à l’épreuve la résilience du système politique.

Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives, mais cette séquence permet d’évaluer la capacité d’adaptation du régime. La modération dans l’exercice du pouvoir apparaît comme un facteur clé de stabilité.

Une situation inédite dans l’histoire politique sénégalaise

Depuis 1960, seule la crise entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia en 1962 avait menacé la stabilité institutionnelle. La situation actuelle est différente : Ousmane Sonko, après avoir choisi Bassirou Diomaye Faye comme candidat et lui avoir apporté un soutien décisif, se trouve désormais en position de force au Parlement.

Le président dispose de pouvoirs constitutionnels importants, mais le Premier ministre contrôle l’appareil politique et jouit d’une large assise populaire, comme l’ont montré les législatives de novembre 2024. Les élections locales de janvier 2027 serviront de mécanisme de régulation.

Les ressources de pouvoir respectives des deux hommes

Ousmane Sonko peut s’appuyer sur le parti Pastef, qui l’a élu à l’unanimité à sa présidence en juin 2026, ainsi que sur une majorité parlementaire de 130 députés sur 165. Ces derniers disposent de pouvoirs étendus, comme le contrôle de l’action gouvernementale ou la motion de censure.

Bassirou Diomaye Faye, quant à lui, détient les prérogatives constitutionnelles du chef de l’État, mais nécessite l’Assemblée nationale pour certaines décisions. Il peut compter sur le pouvoir d’État et la posture présidentielle comme ressource symbolique.

Facteurs décisifs pour l’évolution du rapport de force

Les élections, à intervalles réguliers, constituent des mécanismes correcteurs et pacificateurs. Un consensus sur le calendrier électoral, la transparence des processus et la modération dans l’exercice du pouvoir sont essentiels.

Les perceptions des populations sur la gouvernance des deux hommes, l’efficacité des politiques publiques, la moralisation de la vie publique, la reddition des comptes et la justice pour les victimes des manifestations entre 2021 et 2024 seront déterminantes. Le système de partis et les élections restent des rouages protecteurs, mais les dysfonctionnements pourraient entraîner des actions collectives violentes.

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