10 juin 2026

Africa Solidaire

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Sonamines intensifie le contrôle de l’or au Cameroun

La Société nationale des Mines (Sonamines) resserre son emprise sur les opérateurs aurifères au Cameroun. Après une inspection dans les régions de l’Adamaoua et de l’Est, zones clés de la production d’or artisanale et semi-mécanisée, le directeur général Serge Hervé Boyogueno dresse un bilan sévère. De nombreux exploitants n’atteignent pas les objectifs de production fixés, certains sont en situation d’insolvabilité, tandis que les lacunes environnementales et la méconnaissance des circuits commerciaux affaiblissent la maîtrise de l’État sur ce secteur.

Une inspection de terrain révèle les faiblesses de la filière aurifère

Les territoires visités regroupent l’essentiel de l’activité aurifère camerounaise, dominée par des sociétés semi-mécanisées et de nombreux artisans. La mission confiée à la Sonamines visait à contrôler la conformité des détenteurs de permis avec leurs engagements contractuels et réglementaires. Les observations du directeur général mettent en évidence un écart constant entre les promesses faites lors de l’attribution des titres et la réalité productive sur le terrain.

Les seuils de production prévus dans les cahiers des charges ne sont pas respectés par une part importante des opérateurs. Cette sous-performance s’accompagne, chez certains, d’une insolvabilité confirmée envers l’État et ses institutions. Sur ce point, le chef de la Sonamines renvoie clairement la décision au ministère des Mines, seul compétent pour suspendre ou retirer les permis. La société d’État se positionne ainsi comme l’organe technique de constat, laissant à l’autorité politique le soin de prendre les sanctions.

Insolvabilité, environnement et opacité commerciale : un triple défi

Au-delà des aspects financiers, la mission a relevé des problèmes environnementaux préoccupants. La réhabilitation des sites exploités, la gestion des eaux usées contenant du mercure ou du cyanure, et la sécurisation des zones d’extraction constituent autant de chantiers urgents. Ces défaillances exposent les populations locales à des dangers sanitaires graves et compromettent la pérennité d’une activité de plus en plus importante dans l’économie locale de l’Est et de l’Adamaoua.

L’autre volet concerne la vente de l’or. Une partie significative du métal extrait échappe aux canaux officiels et alimente des réseaux de contrebande régionaux, privant le Trésor public de recettes et empêchant la traçabilité du minerai. Cette opacité, dénoncée depuis longtemps par les organismes spécialisés, va à l’encontre de l’objectif de souveraineté minière affiché par Yaoundé. La Sonamines entend désormais renforcer les contrôles en durcissant les obligations déclaratives et en multipliant les points de collecte agréés.

Vers un stock stratégique national d’or

L’ambition la plus structurante portée par la direction générale reste la création d’une réserve stratégique nationale. Cet objectif, inspiré des pratiques de plusieurs banques centrales africaines, vise à doter le Cameroun d’une réserve métallique pouvant soutenir une partie de sa politique monétaire et servir de protection en cas de choc extérieur. Cette logique rejoint celle d’autres pays producteurs de la région, désireux de tirer davantage de valeur de leurs propres ressources.

La réussite de cette stratégie dépend toutefois de la capacité de la Sonamines à capter une part significative de la production nationale via ses structures. Cela nécessite un assainissement préalable du tissu d’exploitants, des prix d’achat compétitifs face aux acheteurs informels, et une coordination étroite avec les forces de sécurité et la douane le long des frontières. Les décisions attendues du ministère des Mines sur le sort des opérateurs défaillants seront déterminantes.

La phase d’application de la réforme minière camerounaise s’annonce complexe. Elle met en balance l’exigence de discipline contractuelle, la préservation d’un secteur créateur d’emplois informels et la volonté d’intégrer l’or dans une logique de souveraineté financière. Le calendrier précis des décisions ministérielles n’a pas été divulgué, mais les conclusions de la mission de la Sonamines devraient influencer les prochaines instructions. Le directeur général prévoit de poursuivre les inspections dans d’autres zones de production.

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