Succès masra, détenu au Tchad : une sœur dénonce les conditions inhumaines et l’absence de preuves
Un an de détention pour l’opposant Succès Masra au Tchad
Depuis douze mois, l’opposant tchadien Succès Masra croupit dans une cellule exiguë de N’Djaména, accusé d’avoir provoqué, via un message diffusé en 2023, des violences intercommunautaires dans le sud du pays. Condamné à vingt ans de prison en août 2025, il reste enfermé sans preuve tangible ni témoignage concret, selon les déclarations officielles.
À la tête du mouvement Les Transformateurs, Succès Masra avait obtenu 18 % des suffrages lors de l’élection présidentielle de 2024, se classant officiellement en deuxième position. Pourtant, son engagement politique, marqué par le dialogue et le renoncement à ses revenus de Premier ministre, est aujourd’hui réduit au silence par une justice contestée.
Des conditions de détention qualifiées d’inacceptables
Sa sœur, Chancelle Masra, vivante en France, alerte sur l’état de santé de son frère. « Il est toujours enfermé injustement et souffre de graves problèmes respiratoires », confie-t-elle. Les examens médicaux demandés ne peuvent être réalisés sur place, faute d’infrastructures adaptées au Tchad. « Il a besoin d’analyses complémentaires urgentes, mais il est impossible d’y accéder », souligne-t-elle.
Les conditions de sa détention sont tout aussi préoccupantes : une pièce de moins de quinze mètres carrés, sans lumière naturelle depuis le 16 mai 2025, sans lit ni espace pour se mouvoir. « Il est privé de tout contact avec l’extérieur, sans téléphone ni ordinateur », ajoute-t-elle. Seuls ses avocats et sa mère, sous autorisation, peuvent le visiter.
Une condamnation jugée sans fondement juridique
Chancelle Masra rejette catégoriquement les accusations portées contre son frère. « Le dossier est vide : aucun fait, aucun témoignage ne prouve son implication dans les violences », martèle-t-elle. Elle rappelle que Succès Masra, depuis la création de son parti en 2018, n’a jamais prôné la violence, mais au contraire, a signé des accords de paix avec les autorités en 2023 et renoncé à son salaire de Premier ministre pour servir l’intérêt général.
L’appel interjeté contre sa condamnation n’a, à ce jour, connu aucun écho. « Silence radio. La justice tchadienne doit réparer cette erreur », plaide-t-elle. Elle salue l’intervention de l’Union européenne, qui a rappelé l’importance du respect des droits fondamentaux au Tchad.
Un climat politique tchadien sous haute tension
La détention de Succès Masra s’inscrit dans un contexte de répression croissante contre l’opposition. Récemment, huit militants du GCAP ont été condamnés à huit ans de prison pour avoir tenté d’organiser une marche pacifique. « Une démocratie ne peut se construire en emprisonnant ses opposants », dénonce Chancelle Masra. Elle s’inquiète de la dégradation continue des libertés politiques dans le pays.
Face aux défections au sein de son parti, Succès Masra reste convaincu de la solidité de son mouvement. « Deux départs sur des milliers de membres ne signifient pas un affaiblissement », assure-t-elle, évoquant la mobilisation de la diaspora tchadienne pour le développement du pays.
Une mobilisation internationale qui porte ses fruits
Malgré l’isolement imposé à son frère, Chancelle Masra se dit encouragée par la solidarité internationale. « Des organisations comme Amnesty International ou Human Rights Watch œuvrent pour sa libération », confie-t-elle. Elle souligne l’importance de cette mobilisation pour maintenir son frère en vie et plaider pour la défense des droits humains au Tchad.
Alors que le président Mahamat Idriss Déby a été reçu à l’Élysée en janvier 2026, marquant le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, elle appelle à ne pas sacrifier les valeurs démocratiques sous prétexte de lutte antiterroriste. « La liberté d’expression et le respect des droits humains ne doivent pas être les victimes collatérales de cette guerre », conclut-elle.