13 juin 2026

Africa Solidaire

Actualités et analyses sur l'Afrique subsaharienne, avec un regard solidaire sur les enjeux du continent.

Téléphonie mobile au Cameroun : quand la fiscalité freine l’inclusion numérique

Économie

Téléphonie mobile au Cameroun : quand la fiscalité freine l’inclusion numérique

Dans un contexte où les pays africains misent sur le numérique pour réduire les inégalités et booster leur économie, le Cameroun adopte une approche paradoxale.

Pour réussir leur transition numérique, de nombreux pays ont d’abord œuvré à connecter leurs populations et à rendre les outils technologiques accessibles. Pourtant, le Cameroun choisit une voie radicalement opposée : imposer une taxe de 33,33 % sur la valeur des téléphones portables, qu’il s’agisse d’appareils d’entrée de gamme ou de smartphones haut de gamme.

Concrètement, cette mesure se traduit par des prélèvements allant de 1 670 FCFA à 135 000 FCFA, simplement pour utiliser un téléphone sur le territoire national. Un paradoxe flagrant, alors que les discours officiels prônent l’économie numérique et l’innovation technologique.

Un outil essentiel, désormais taxé à l’entrée

Le téléphone portable est devenu un instrument indispensable dans le quotidien des Camerounais :

  • étudiants suivant des cours en ligne ;
  • commerçants utilisant le Mobile Money ;
  • agriculteurs consultant les prix du marché ;
  • artisans prospectant via WhatsApp ;
  • travailleurs informels accédant aux services publics.

Pour une majorité de la population, le smartphone n’est pas un article de luxe, mais le seul moyen d’accéder à l’économie numérique. Taxer cet outil revient à facturer l’accès au chantier même que l’État prétend construire.

Une mesure incompréhensible dans un pays sans industrie locale

Cette décision est d’autant plus surprenante que le Cameroun ne dispose d’aucune industrie de fabrication ou d’assemblage de téléphones. Aucune alternative locale n’est en développement. Les citoyens sont donc contraints d’importer ces appareils, puis de payer une taxe pour les utiliser. Aucune substitution n’est possible, aucune échappatoire n’existe : il s’agit d’une simple ponction sur un pouvoir d’achat déjà fragile.

Quand un État taxe une importation pour protéger ou stimuler une production locale, la logique peut être discutable, mais elle reste compréhensible. Quand il taxe sans industrie, sans vision industrielle, il ne protège rien : il prélève.

Vers une généralisation de la taxe ?

La question se pose désormais : après les téléphones, quels appareils seront concernés ? Les ordinateurs portables ? Les équipements de bureau ? Aucune limite n’est clairement définie.

Si cette logique est reconduite, chaque nouveau prélèvement creusera un peu plus la fracture numérique entre ceux qui peuvent se connecter et ceux qui en sont exclus. Et chaque surcoût supplémentaire rendra le Cameroun moins compétitif sur le plan économique.

Le Cameroun à contre-courant de l’Afrique

Alors que le monde s’oriente vers une inclusion numérique croissante, le Cameroun choisit délibérément de conditionner cette inclusion au paiement d’une taxe. Dans un pays où le revenu moyen ne permet pas toujours de supporter ce genre de charge, cette décision a un nom : l’exclusion numérique organisée.

Un citoyen connecté est un citoyen productif. Une économie compétitive repose sur une population connectée. Ce n’est pas une hypothèse, mais une réalité documentée dans tous les rapports sur le développement numérique en Afrique.

Rendre le téléphone portable plus cher, c’est rendre le Cameroun moins compétitif. Et si demain l’ordinateur portable est taxé à son tour, ce sera tout simplement un renoncement à l’avenir.

téléphone portable Cameroun fiscalité numérique inclusion numérique
Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes