Témoignages bouleversants : le calvaire des femmes victimes de Boko Haram au Nigeria
Trois récits, trois destins brisés : Aisha, Juliana et Hauwa incarnent la résilience des femmes nigérianes victimes des violences extrêmes de Boko Haram. Un reportage exclusif de The Republic plonge dans l’horreur vécue par ces survivantes, trop souvent réduites au silence malgré leur calvaire.
Le 19 avril 2014, Aisha préparait le repas favori de ses enfants à Gamboru Ngala, dans l’État du Bornou (nord-est du Nigeria), quand les insurgés de Boko Haram ont attaqué le village. Sans possibilité de fuir, elle a assisté à l’assassinat de son frère sous ses yeux avant d’être capturée. Emmenée dans un camp de détention, elle a été forcée de partager une tente avec d’autres prisonnières. « Un homme imposant et barbu s’est présenté comme leur chef. Il m’a informée que j’allais devenir sa femme. Chaque nuit, il venait me chercher. Les violences ont commencé immédiatement », raconte-t-elle avec une douleur encore vive.
L’enfer des mariages forcés et des grossesses imposées
Après deux ans de captivité, marquée par des mariages forcés répétés, des violences sexuelles et trois grossesses imposées, Aisha a pu s’échapper grâce à une opération militaire nigériane. Son témoignage, comme celui de nombreuses autres femmes, illustre l’ampleur des atrocités commises par le groupe djihadiste dans la région.
Juliana, enlevée à seulement 15 ans avec sa mère dans l’État d’Adamawa, a réussi à s’évader deux ans plus tard. Son rêve d’étudier l’informatique pour devenir ingénieure a été brisé par la barbarie des ravisseurs. « Avant mon enlèvement, je rêvais de terminer mes études secondaires », confie-t-elle, la voix tremblante. Son évasion a été rendue possible par l’aide d’une femme âgée, symbole de solidarité dans l’adversité.
Dix ans de souffrance et un retour marqué par la stigmatisation
Hauwa a endured le calvaire le plus long : dix années sous le joug de Boko Haram. Mariée de force à trois reprises, elle a donné naissance à quatre enfants. De retour dans sa communauté, elle a découvert une autre forme de violence : « On me traite de “femme de Boko Haram”. Mes enfants sont des parias, privés de contacts avec les autres enfants ». La honte et l’isolement ont aggravé les traumatismes subis.
Ce reportage met également en lumière les initiatives de réinsertion destinées à ces femmes libérées mais rejetées par leur entourage. La justice transitionnelle est évoquée comme un levier essentiel pour lutter contre l’impunité et aider ces victimes à reconstruire leur vie. « On me félicite d’être libre, mais une partie de mon âme reste prisonnière de cette forêt. Je pense sans cesse à celles qui sont encore là-bas », confie Juliana, en proie à une culpabilité déchirante.