15 juin 2026

Africa Solidaire

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Terrorisme et pouvoir au Mali : le cri d’un opposant face aux enlèvements arbitraires

Depuis près d’un mois, Maître Mountaga Tall, avocat renommé, ancien ministre et figure de la défense des droits humains, est retenu dans un lieu tenu secret par les services de sécurité de l’État malien. Son fils a subi le même sort, tout comme d’autres militants pro-démocratie, des militaires et des religieux. Ces arrestations surviennent dans un contexte marqué par des attaques jihadistes massives menées le 25 avril dernier, attribuées au Jnim et au FLA. Mamadou Ismaïla Konaté, avocat et ancien ministre de la Justice, oppose une voix forte à ce pouvoir en place depuis six ans sans élections. Il dénonce l’instrumentalisation de la lutte antiterroriste et l’arbitraire qui gangrène la justice malienne.

Mamadou Ismaïla Konaté, avocat et ancien ministre malien de la Justice, à Bamako en 2017.

La détention de Maître Tall et d’autres opposants illustre-t-elle une dérive autoritaire sous couvert de lutte antiterroriste ?

Mamadou Ismaïla Konaté : Les autorités de transition doivent impérativement entendre les appels au respect des droits fondamentaux. Personne ne peut être privé de liberté en dehors du cadre légal, même dans un contexte de crise. L’État de droit se juge à la manière dont il traite ses opposants, ses critiques et ses avocats. Il est inacceptable qu’un avocat, par ailleurs figure politique, n’ait jamais été visité par un médecin, un avocat ou même le bâtonnier de l’ordre des avocats.

Après la prise de position du bâtonnier, les autorités militaires ont riposté en enlevant le fils de Maître Tall. Cette escalade est intolérable. Comment justifier l’enlèvement de citoyens sans lien avec le terrorisme, sous prétexte de lutte antiterroriste ? Une détention régulière se prouve, l’arbitraire, lui, se dissimule. Aujourd’hui, c’est Maître Tall, demain, ce sera d’autres. La justice doit être au cœur de toute action, même dans un contexte de menace terroriste.

une justice instrumentalisée au service d’un régime

Outre cette affaire, la justice malienne a condamné l’ancien Premier ministre Moussa Mara à un an de prison ferme pour un simple tweet. Pourtant, des appels à la violence contre des militants pro-démocratie ou à la destruction de propriétés mauritaniennes restent impunis. Cette justice est-elle encore indépendante ou soumise aux autorités de transition ?

Cette justice, qui devrait garantir la sécurité et l’ordre public, semble aujourd’hui à genoux. Elle ne doit pas servir un régime, quel qu’il soit, mais l’État, la nation et les citoyens. Les juges doivent se souvenir de leur rôle : ils ne sont pas au service d’un pouvoir, mais de la justice elle-même.

La loi prévoit même la possibilité pour les magistrats de se mettre en retrait. Pourtant, par peur ou par complaisance, ils laissent se pervertir l’idée même de justice. Ils doivent comprendre qu’aujourd’hui, ils cèdent, mais demain, la justice les rattrapera.

le pouvoir malien fragilisé, mais toujours debout

Après les attaques du 25 avril et la mort du ministre Sadio Camara, certains avaient cru le pouvoir en place affaibli. Pourtant, il résiste. Mais comment ignorer la responsabilité d’un régime issu du coup d’État et maintenu par la force ? Le terrorisme est une négation de la paix et de la société, mais un pouvoir qui se maintient dans l’arbitraire ne peut plus être dissocié de l’insécurité grandissante au Mali.

Les décisions prises par ceux qui gouvernent depuis six ans sans légitimité électorale exposent chaque jour un peu plus les Maliens à des dangers accrus.

pourquoi ne pas rejoindre la coalition de l’imam Dicko ?

Je suis un opposant résolu aux autorités militaires actuelles, mais je refuse de rejoindre la Coalition des forces pour la République (CFR), menée par l’imam Dicko. Le choix n’est pas entre un képi et une chéchia, mais entre deux formes de terreur.

L’imam Dicko et son mouvement ont déjà laissé des traces dans l’histoire du Mali : en 2012, sous leur influence, des exactions graves ont été commises dans le Nord. Des mains et des pieds coupés, des exécutions sommaires… Ces images hantent encore la mémoire des Maliens. Aujourd’hui, vouloir s’allier à eux au nom de l’unité nationale reviendrait à oublier ces crimes.

Je refuse de pactiser avec des extrémistes, qu’ils soient militaires ou religieux. Avant toute alliance, il faut que justice soit rendue pour 2012. Il faut aussi condamner clairement l’alliance entre le FLA et le Jnim. Aucune reconstruction nationale ne peut se faire sans ces préalables absolus.

les régimes de l’AES : entre souveraineté et autoritarisme

Les régimes du Mali, du Niger et du Burkina Faso, regroupés sous l’appellation AES, affirment que s’opposer à eux équivaut à trahir la souveraineté de ces nations. Pourtant, les vrais ennemis de la patrie sont ceux qui affament leur peuple et piétinent les libertés fondamentales.

Je suis Malien, patriote et engagé. Ces régimes, issus de l’illégalité et de la fraude, ne supportent pas qu’on leur rappelle le droit. Ils ne supportent pas qu’on leur rappelle leurs propres engagements. Mais ceux qui pervertissent les libertés et anéantissent le droit sont les véritables antipatriotes.

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