Tribalisme au Cameroun : Jean Claude Mbede pointe le vrai fossé social
Jean Claude Mbede, journaliste camerounais installé en Italie, livre un témoignage percutant sur le tribalisme au Cameroun.
Dans son récit, il relate une conversation avec une « amie » originaire du Grand Nord, diplômée des prestigieuses écoles de l’ESSTIC et de l’IRIC, et fille d’un cadre des douanes – un secteur très privilégié. Malgré ses propres avantages, cette dernière lui a tenu un discours accusateur : « Le pays est difficile, sauf pour les Betis qui contrôlent tout et qui ne réussissent qu’entre eux. » Elle a même ajouté que s’il vit en exil depuis vingt ans, c’est par « orgueil », et qu’il lui suffirait de « demander pardon » à ses frères Betis pour être « bien » au Cameroun.
Interloqué, Jean Claude Mbede lui a demandé pour quel crime ou quelle faute il devrait demander pardon. Il a rappelé le cas de Martinez Zogo, un frère Beti supplicié par des bourreaux financés par des élites de tous bords, où aucune ethnie unique n’était en cause. « Le crime et la mangeoire n’ont pas de tribu », souligne-t-il. Il a également fait remarquer à son interlocutrice qu’elle avait bénéficié du système bien plus que la majorité des jeunes Betis ou d’autres régions, mais cela n’a rien changé.
Face à cette légèreté insultante qui banalise vingt ans d’exil et de souffrance, le journaliste a pris une décision radicale : bloquer cette personne. Il affirme n’avoir aucune tolérance pour les tribalistes, surtout les plus nantis.
Selon Jean Claude Mbede, il faut se mettre une vérité dans la tête : au Cameroun, il n’existe vraiment que deux ethnies :
- Ceux qui ont les clés du système, qui placent leurs enfants dans les grandes écoles (IRIC, ESSTIC, ENAM, EMIA) grâce aux élites.
- Nous autres, enfants des mamans débrouillardes, faiseuses de champs, qui avons dû vendre de l’eau non glacée à la sauvette pour survivre.
Le vrai clivage n’est pas régional, il est social. Il invite à ne plus se laisser distraire par ceux qui bénéficient du système tout en pleurant la marginalisation. « Je me suis débarrassé d’elle, car le tribalisme des privilégiés est le plus dangereux de tous », conclut-il.