28 avril 2026

Vaccination contre la rougeole et la méningite C au Niger : défis et solutions

vaccination contre la rougeole et la méningite C au Niger : défis et solutions

Les épidémies de méningite C et de rougeole touchent régulièrement le Niger, mettant en lumière les limites des campagnes de vaccination actuelles. Malgré les efforts déployés, ces maladies continuent de se propager, notamment en raison de défis logistiques et structurels.

Miriam Alía, responsable de la vaccination et de la réponse aux épidémies chez Médecins Sans Frontières (MSF), analyse les raisons de ces épidémies et les obstacles à une couverture vaccinale efficace.

pourquoi ces épidémies persistent-elles malgré les vaccins ?

méningite C : un vaccin efficace mais inaccessible

Le Niger fait face à des épidémies de méningite C en raison de plusieurs facteurs :

  • Manque de vaccins adaptés : aucun vaccin ne couvre tous les sérogroupes (A, B, C, W135, X). Le vaccin conjugué tétravalent, efficace contre quatre souches, est trop coûteux pour les pays à revenus limités.
  • Production insuffisante : la production mondiale de vaccins est faible, et les laboratoires pharmaceutiques privilégient les marchés plus lucratifs. Résultat, les campagnes de vaccination sont souvent réactives et non préventives.
  • Délais de mise en œuvre : lorsque une épidémie est déclarée, les délais pour obtenir et distribuer les vaccins aggravent la situation.

En 2018, MSF a vacciné plus de 30 000 personnes contre la méningite C dans la région de Tahoua, mais une surprise est venue compliquer la lutte : l’émergence de cas dus au sérogroupe X, pour lequel aucun vaccin n’existe encore.

rougeole : une couverture vaccinale insuffisante

Le vaccin contre la rougeole est disponible depuis 1974, mais sa couverture reste insuffisante pour stopper la transmission. Plusieurs raisons expliquent cet échec :

  • Calendrier vaccinal restrictif : au Niger, les enfants doivent être vaccinés jusqu’à 23 mois, mais les vaccins fournis par GAVI ne couvrent que les moins de 12 mois. La dose de rappel à 15 mois est donc absente.
  • Mobilité de la population : les nomades et les habitants des zones conflictuelles ont un accès limité aux centres de santé.
  • Seuil de protection élevé : pour prévenir la propagation, une couverture vaccinale de 95 % est nécessaire, mais elle est difficile à atteindre dans ces conditions.

quelles solutions pour améliorer la prévention ?

stratégies innovantes contre la méningite

Face au manque de vaccins, de nouvelles approches sont testées :

  • Antibiotiques préventifs : en 2017, une étude au Niger a montré qu’administrer de la ciprofloxacine à tous les habitants d’une zone rurale réduisait significativement la transmission. Des essais en milieu urbain sont prévus.
  • Projets de recherche : le Serum Institute of India développe un vaccin pentavalent (A, C, Y, W-135, X) économique et efficace, mais il ne sera disponible qu’en 2020.

optimiser le calendrier vaccinal et les campagnes

Pour lutter contre la rougeole, plusieurs pistes sont envisagées :

  • Flexibilité du calendrier : étendre la vaccination jusqu’à 5 ans et saisir chaque contact avec le système de santé pour mettre à jour les carnets de vaccination.
  • Campagnes multiantigéniques : combiner plusieurs vaccins (rougeole, pentavalent, antipneumococcique) pour maximiser la couverture.
  • Vaccination des femmes enceintes : inclure le vaccin contre le tétanos pour protéger les mères et les nouveau-nés.

Depuis 2018, MSF et le ministère de la Santé du Niger ont vacciné plus de 179 000 personnes :

  • 145 843 enfants (6 mois à 15 ans) contre la rougeole dans les régions de Tahoua et d’Agadez.
  • 33 620 personnes (2 à 29 ans) contre la méningite C dans la région de Tahoua.

Une campagne est actuellement en cours à Arlit (Agadez) pour vacciner plus de 50 000 enfants de moins de 5 ans, avec inclusion du vaccin pentavalent et antipneumococcique pour les moins d’un an.

Les seuils épidémiques sont fixés à 5 cas pour 100 000 habitants (alerte) et 15 cas pour 100 000 habitants (épidémie) dans les localités de plus de 30 000 habitants.

Le vaccin pentavalent protège contre la diphtérie, la coqueluche, le tétanos, l’haemophilus influenzae type B et l’hépatite B.

Chaque opportunité doit être saisie pour vacciner contre ces maladies mortelles et réduire les risques d’épidémies au Niger.

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