Approche renouvelée de l’union européenne et des États-Unis face au Sahel
Une nouvelle dynamique des relations internationales au Sahel ?
Le 25 février 2026, le département d’État américain a officialisé la signature d’un accord de cinq ans avec le Burkina Faso, prévoyant un financement de 147 millions de dollars pour soutenir les efforts du pays dans la lutte contre le VIH/sida et d’autres maladies. Parallèlement, Washington a réaffirmé son respect de la souveraineté du Niger lors d’un échange téléphonique avec le Premier ministre de transition, Ali Mahamane Zeine. Ces initiatives illustrent-elles une volonté de réengagement des puissances occidentales auprès des régimes militaires du Sahel ?
Le représentant spécial de l’Union européenne pour le Sahel, João Cravinho, s’est rendu récemment à Bamako, malgré les tensions persistantes entre l’UE et les autorités maliennes. Faut-il y voir les prémices d’un réchauffement des relations entre les pays occidentaux et les juntes sahéliennes ? L’analyse de Francis Kpatindé, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest et enseignant à Sciences Po Paris.
L’UE et les États-Unis redéfinissent-ils leur stratégie au Sahel ?
DW : L’Union européenne a récemment envoyé son représentant spécial, João Cravinho, dans les capitales des pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Ce dernier a évoqué l’adoption d’une nouvelle approche par Bruxelles. Peut-on parler d’un début de rapprochement entre ces nations et l’Europe ?
Francis Kpatindé : Il faut rester prudent : le Sahel a souvent réservé des surprises ces dernières années. Cependant, on perçoit peut-être une léger frémissement dans les relations. Je ne parlerais pas encore de rapprochement, car les liens entre les puissances occidentales, notamment européennes, et les pays du Sahel restent fragiles et limités.
Les États-Unis et le Burkina Faso : un signal positif ?
DW : Après le Niger et le Mali, Washington semble désormais accorder une attention particulière au Burkina Faso, avec la signature récente d’un accord axé sur la lutte contre le VIH/sida. Un signe encourageant ?
Francis Kpatindé : Absolument. Cet accord constitue un bon indicateur. Les États-Unis et l’UE proposent désormais des partenariats ciblés : coopération économique restreinte, aide humanitaire et formations militaires pour renforcer la lutte antiterroriste. Ces puissances savent pertinemment que leur désengagement aurait des répercussions directes sur leur sécurité. Ignorer ces pays au nom de leur souveraineté serait une erreur stratégique.
Par ailleurs, il ne faut pas négliger l’aspect économique : le Niger possède de l’uranium, le Burkina Faso de l’or, et le Mali regorge également d’or. Ces ressources naturelles attirent incontestablement l’intérêt des Occidentaux.
L’UE abandonne-t-elle sa vision régionale au profit d’accords bilatéraux ?
DW : L’Union européenne semble désormais privilégier une approche pays par pays au détriment d’une stratégie régionale unifiée. Partagez-vous cette analyse ?
Francis Kpatindé : Tout à fait. L’Allemagne, par exemple, entretient d’excellentes relations avec plusieurs pays du Sahel, contrairement à la France, ancienne puissance coloniale de la région. Ces divergences s’expliquent par des intérêts géopolitiques et économiques distincts. La France peut toutefois tirer parti des relations maintenues par d’autres États membres de l’UE, comme l’Allemagne ou la Hongrie, pour conserver un minimum de dialogue avec le Niger, le Mali et le Burkina Faso.
En définitive, les puissances occidentales adaptent leur stratégie au Sahel, combinant pragmatisme et réalisme, sans pour autant renoncer à leurs objectifs de sécurité et d’influence.