22 mai 2026

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Auguste Miremont : houphouët-Boigny et l’héritage politique ouattarien en Côte d’Ivoire

Auguste Miremont

Auguste Miremont : houphouët-Boigny et l’héritage politique ouattarien en Côte d’Ivoire

Ancien ministre de la Communication (1989-1993) et directeur général de Fraternité Matin, Auguste Miremont, figure incontournable de la vie politique ivoirienne, partage son analyse sur plus de quatre décennies d’histoire nationale. À travers un récent ouvrage, il revient sur les enseignements tirés des présidences Houphouët-Boigny et Ouattara, tout en livrant un témoignage personnel sur les défis et les espoirs de la Côte d’Ivoire.

Auguste Miremont, 85 ans, a consacré une grande partie de sa carrière à servir la Côte d’Ivoire, d’abord comme journaliste puis comme haut responsable politique. Son parcours, marqué par son passage au ministère de l’Information et à la tête du quotidien national, en fait un observateur privilégié des évolutions du pays. Après des années de réserve, il s’est prêté à un exercice de mémoire aux côtés de l’écrivain Michel Koffi, donnant naissance à un livre intitulé « Auguste Miremont, d’Houphouët à Ouattara, en toute liberté… ».

Pourquoi un tel projet ? « On ne traverse pas autant d’étapes historiques sans laisser une trace », confie-t-il. Bien que réticent à l’idée d’un livre à son sujet, il a finalement accepté, convaincu par l’objectif de transmission plutôt que de glorification. Les 30 heures d’entretiens et les 18 mois de travail ont permis de retracer non seulement sa vie, mais aussi les grands tournants de la Côte d’Ivoire moderne.

houphouët-Boigny : un génie politique face aux crises

Auguste Miremont évoque avec respect la figure de Félix Houphouët-Boigny, dont il fut le ministre de la Communication et le collaborateur au sein de la presse officielle. « Son génie résidait dans sa capacité à écouter, temporiser et agir au bon moment », souligne-t-il. Sous sa présidence, la Côte d’Ivoire a connu une stabilité remarquable, malgré des crises internes et des tensions sociales.

Houphouët-Boigny avait un style unique : « Il m’appelait “De Miremont”, non par hasard, mais parce qu’il avait un profond respect pour l’histoire et ceux qui la construisaient ». Pour Miremont, ce surnom reflétait une relation de confiance, où la rigueur et l’intégrité étaient valorisées bien plus que les privilèges.

Ouattara : l’élève appliqué d’une philosophie exigeante

Comparant les présidents ivoiriens, Auguste Miremont estime que Alassane Ouattara est celui qui a le plus assimilé la pensée d’Houphouët-Boigny. « Il a hérité de sa patience, de son écoute et de son sens du timing », explique-t-il. Cependant, il note une différence majeure : « Dans sa jeunesse, Ouattara était d’une fermeté implacable envers ses collaborateurs. Aujourd’hui, il fait preuve de plus de clémence ».

Malgré cette évolution, Miremont reste admiratif du parcours d’Ouattara. « Il a fait preuve d’un courage exceptionnel, traversant des épreuves que beaucoup n’auraient pas surmontées ». Il évoque notamment les décisions difficiles prises lors de son mandat de Premier ministre, salvatrices pour l’économie du pays.

Les moments sombres : rupture institutionnelle et violences

Certains épisodes de l’histoire récente de la Côte d’Ivoire ont profondément marqué Auguste Miremont. Le coup d’État de 1999 contre Henri Konan Bédié a été un choc. « Voir le pays basculer ainsi m’a profondément peiné », confie-t-il. Les violences qui ont suivi, jusqu’à la crise post-électorale, ont ébranlé l’image d’une Côte d’Ivoire stable et respectée, « un modèle en Afrique de l’Ouest ».

Il se souvient avec émotion de la tentative de formation d’un gouvernement d’union nationale sous Bédié, avortée par les tensions. Plus tard, sous Laurent Gbagbo, il a participé à des négociations pour un consensus économique, avant que la politique ne s’en mêle.

Bédié, Guéï, Gbagbo : des relations tissées au fil des décennies

Avec Bédié, ses liens remontaient à l’époque où ce dernier était ministre des Finances. « Nos rapports étaient excellents, notamment grâce à notre proximité avec Laurent Dona Fologo ». La disparition de Bédié a été une perte douloureuse pour lui.

Robert Guéï, parent par son appartenance à l’ethnie Yacouba, était une figure familière. « Nous nous voyions presque quotidiennement, mais je n’avais aucune influence sur ses choix politiques ». Quant à Gbagbo, leurs relations ont évolué de l’amitié à l’éloignement, notamment après son arrivée au pouvoir.

L’après-Ouattara : un héritage à consolider

Auguste Miremont refuse de parler de fin de mandat pour Alassane Ouattara, dont le nouveau quinquennat est en cours. « Il tient encore bien la barre et il est trop tôt pour envisager une succession ». Il salue les réalisations du président, notamment les infrastructures comme les hôpitaux, les universités et les routes, visibles dans tout le pays.

Cependant, il rappelle que tout n’est pas parfait. « La vie est chère, la pauvreté persiste ». Il reconnaît les efforts du gouvernement pour atténuer ces inégalités, comme les filets sociaux ou les programmes de réinsertion professionnelle, « une politique nécessaire pour compenser les déséquilibres ».

À travers ce témoignage, Auguste Miremont offre une vision nuancée de la Côte d’Ivoire, entre héritage et modernité, entre défis et progrès. Son livre s’impose comme une référence pour comprendre les rouages du pouvoir et les enjeux d’un pays en constante évolution.

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