21 mai 2026

Africa Solidaire

Actualités et analyses sur l'Afrique subsaharienne, avec un regard solidaire sur les enjeux du continent.

Faso mêbo : une collecte utile ou une double imposition déguisée ?

Faso Mêbo : entre élan de solidarité et interrogations sur l’efficacité des finances publiques

Avec plus de 261 millions FCFA mobilisés à ce jour dans le cadre de l’initiative Faso Mêbo, les autorités burkinabè mettent en avant un succès qui, pour les observateurs, soulève une question cruciale : s’agit-il d’un authentique geste patriotique ou d’une manœuvre fiscale déguisée ?

Le débat s’intensifie alors que les Burkinabè, malgré un contexte économique difficile — marqué par une inflation persistante et une menace sécuritaire croissante — remplissent déjà leurs obligations fiscales avec une rigueur exemplaire. Le paiement des impôts et taxes, pilier du civisme fiscal, constitue leur contribution directe à la construction du pays. Dès lors, pourquoi solliciter une seconde fois leur porte-monnaie ?

Une collecte parallèle qui interroge la gestion des fonds publics

Les détracteurs de l’opération dénoncent un manque de clarté dans l’utilisation des fonds collectés. Si les impôts classiques sont censés financer des missions régaliennes — défense, infrastructures, services publics — à quoi bon ajouter une couche supplémentaire de financement ? Certains y voient une stratégie de contournement des lacunes budgétaires, masquant une allocation inefficace des ressources existantes.

La notion de « double imposition » revient avec insistance dans les discussions. En effet, demander aux citoyens de contribuer volontairement à travers des plateformes numériques ou des comptes dédiés, en parallèle du budget officiel, crée un sentiment de flou institutionnel. Cette pratique, perçue comme une pression morale, fragilise la confiance entre l’État et ses administrés.

Transparence et responsabilité : les clés pour rétablir la confiance

Le civisme des Burkinabè n’est plus à démontrer, mais leur patience a des limites. Une gestion transparente et responsable des fonds publics est devenue une exigence. Plutôt que de multiplier les collectes ponctuelles, l’État gagnerait à optimiser l’utilisation des recettes fiscales existantes pour financer les projets prioritaires.

Les initiatives comme Faso Mêbo doivent s’inscrire dans une logique de complémentarité, et non de substitution, aux mécanismes budgétaires classiques. Sans cette rigueur, le risque est de transformer une démarche de solidarité en un système de prélèvements déguisés, érodant davantage la cohésion sociale.

Pour que cette contribution volontaire soit pleinement acceptée, une communication claire sur l’affectation des fonds et une évaluation précise de leur impact s’imposent. Les Burkinabè méritent de savoir que leur argent sert des causes tangibles, et non des opérations de communication ou des dépenses non justifiées.

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes